Lettres et textes:
Le Berlin intellectuel
des années 1800

Lettre d'Adolf von Buch à Louis de Beausobre (Magdebourg, 28 décembre 1761)

 

 

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    Monsieur,

    Nous avons reçu ici depuis quatre ou cinq jours la nouvelle de la reddition de Colberg; j'êtois preparé
    depuis quelques tems à ce coup, surtout, aprés que la derniere tentative, de ravitailler cette place, n'avoit
    pas reussi; il ne m'a donc pas tant frappé, qu'en toute autre occasion, mais les reflexions sur les suites
    de cet evenement ne sont pas moins accablantes. Les ennemis gagnent tous les ans du terrain et le dan-
    ger s'approche du cœur des Êtats du Roi, dans le tems, qu'un corps d'armée est entierement ruiné,
    et que les deux autres sont tenus en echec par deux armées superieures. Quel presage pour la Campagne
    prochaine! Avons-nous assés bien merité de la Providence, pour qu'elle daigne faire pour nous de
    ces coups extraordinaires, dont elle a quelquefois beni nos armes? L'interêt general est ici trop lié à
    celui de chaque particulier, pour qu'on n'y doive point prendre part. Si nous reprenons une espece de su-
    periorité, nous nous verrons entourés d'un coté par un peuple, qui, après avoir fait un pas, pour sortir de la
    barbarie, s'y est replongé de nouveau, suite naturelle de son Gouvernement Despotique. Ce peuple, fier de
    ses Conquetes et sentant sa puissance, voudra donner les loix à tout l'Empire et n'y reussira, que trop. D'un
    autre coté nous aurons pour voisins une puissance irreconciliable, et dont le zele aveugle pour le Catholicis-
    me est devenu un principe de Politique. Outre tous les autres desavantages, qu'une telle situation presente,
    songés, quelle liberté de penser restera dans un pays, assiegé par l'ignorance et la superstition. J'ai trop
    senti la douceur de ce bien, pour n'être pas effayé du danger, de le perdre. Et avant, que de venir à la paix,
    que n'aurois-je pas à souffrir. Vraisemblalement mes terres et tous les environs de dix miles de Stettin se-
    ront le theatre de la guerre pendant l'année prochaine. Outre la perte considerable, que j'y ferai moi même, songés
    que mes sujets, parmi lesquels j'avois taché, d'entretenir l'abondance, seront ruinés, qu'une grande partie de mes
    meilleurs amis seront enveloppés dans le même malheur, que je serai privé de tout commerce avec eux et avec les
    amis même, que j'ai à Berlin, tout cela me cause des sentiments si douloureux, que je suis forcé de [...] à
    ces reflexions.

    Vous me demandes la continuation de mes reflexions sur les preuves du Christianisme par une complaisance
    qui Vous coutera cher, et à laquelle Vous serés redevable de l'ennui, que pourra Vous causer la lecture de cette lettre.
    J'avois entierement perdu de vue ces idées, et je suis obligé, de Vous ecrire des pensées tout autres, que celles, que j'avois
    peut-être à la lecture de Votre lettre à laquelle elles devoient servir de reponse. En etablissant la verité de la Reli-
    gion Chretienne, je tacherai, de repondre à quelques objections, que Vous m'avés fait sur la maniere de la prouver.
    Une religion, qui se fonde sur une revelation Divine est la vraye religion, Atque, Ergo. On ne peut pas disputer la ma-
    jeure de ce Syllogisme, car si Un Être parfait, qui ne sauroit nous tromper ni par defaut de lumieres, ni par mau
    vaise volonté, nous instruit de la maniere de le servir, cette maniere doit être la veritable. Il ne faut donc, que prouver
    la mineure, que la religion Chretienne se fonde sur une revelation Divine, ou ce qui revient au même, que l'Ecriture
    Sainte est une revelation Divine, puisque tous les Chretiens conviennent qu'elle est le fondement de leur creance.
    Un livre qui contient beaucoup de verités propositions au dessus, aucune contre notre raison, est une revelation Divine, et l'Ecri-
    ture Sainte, Ainsi p. J'appelle propositions contre la raison, celle dont notre raison connoit l'impossibilité par
    la reflexion sur les natures des Êtres. Une revelation Divine ne peut pas contenir de telles propositions, puisqu'elle
    contrediroit dans ce cas là à la revelation naturelle, qu'elle reconnoit elle même tant pour ce qui regarde la science
    Theoretique Rom. Ch. 1, v. 19.20. que pour la pratique ibid. Chap. 2. vers. 14. 15. Vous m'objectés la diversité des sentimens
    des hommes, et l'empire, que le prejugé sucé avec le lait a sur eux. Vous m'avouerés pourtant, qu'il y a quelques
    principes si evidents, qu'il n'y a, que ceux, qui ont voulu briller en soutenant des paradoxes, qui en ont douté. Or je
    demande, que la doctrine d'une revelation Divine ne doit pas contredire à ces principes. Le prejugé exerce un Empire
    Despotique sur l'esprit de la plupart des hommes, il est vrai; mais cet esclavage, auquel ils se soumettent volon
    tairement est-il une excuse pour eux? S'il êtoit permi, de Vous alleguer à la Montagne, mon propre exemple
    je Vous dirois, que né et élevé dans la doctrine la plus rigide du Lutheranisme, je renie beaucoup de leurs asser-
    tions, et n'aurois pas honte d'être nommé, Anti-Trinitaire, Unitaire, Arien, Pelagien, ou de quel autre nom la
    Charité des Ecclesiastiques aussi zelés, qu'aveugles, voudroit m'honorer. Vous demandés, quelle sorte de contradicti-
    ons suffit, pour rejetter une proposition. Vous craignés, que les inclinations corrompues du peuple et l'entêtement
    des Philosophes feroit rejetter toute l'Ecriture Sainte. Mais je demande pour cet examen un esprit düement preparé
    [...]la Philosophie Pratique, et libre par consequent dans ce moment de passions et de l'esprit de parti. Un tel esprit

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    doit, aprés un mur examen prononcer, si l'Ecriture Sainte contient des doctrines contraires à ce que la raison
    lui dicte de plus probable. Cette contradiction peut se faire de deux façons differentes 1/ quand l'assertion se detruit soi
    même, quand elle est A et non A en même tems. Si vous reflechissés a plusieurs Principes des Payens, des Mahome-
    tans, des Catholiques p. Vous trouverés, que ce cas n'est pas aussi rare, que vous le croyés 2/ quand l'assertion ne peut
    pas avoir lieu dans un certain ordre de choses, que nous connoissons parfaitement. Cette recherche est plus difficile
    que l'autre; aussi je demande, que nous connoissions entierement et distinctement cet ordre des choses et que nous
    voyions clairement la contradiction, qu'il y a entre lui et l'assertion. Je ne me contente pas de chaque doute, qu'on
    pourroit me former, et que par ignorance de l'Antiquité, de Langue pp je ne pourrois pas resoudre, mais je veux
    qu'on me donne une idée distincte, des choses, auxquelles une proposition est contraire et de la façon, dont elle y
    est contraire. L'absence de cette sorte de doctrines est le premier caractere, que je demande d'une revelation.

    Le second est, qu'elle doit renfermer des propositions au dessus de la raison, c'est à dire des verités, qui n'ont aucu
    ne impossibilité externe ou interne, mais, que nous n'aurions pu decouvrir par la raison, puisque les premisses nous
    etoient inconnues. De telles propositions ne peuvent par consequent jamais etre rigidement demontrés; elles sont
    un objet de la foi divine, comme la verité que Cesar s'est rendu maitre de Rome est une verité objet de foi humaine
    pour nous, et celle que Frederic s'est soutenu contre la plus grande partie de l'Europe et se seroit soutenu encore
    plus longtems, s'il avoit pu communiquer à ses Generaux une etincelle de son genie, le sera pour la posterité.
    Nous n'avons jamais une idée aussi claire de ces verités, que de celles, que nous pouvons demontrer, puisque
    nous connoissons moins de leurs liaison avec d'autres verités connus, mais il suffit, qu'elles soyent attestées par des
    temoignages irreprochables, pour que nous devions les accepter. Il peut arriver, que l'Empire des passions sur
    la raison fasse eclipser quelques principes, qui nous menent à des verités plus relevées. Dans ce cas ces verités
    sont dans un certain tems au dessus de la raison, quoiqu'elles ne le soyent pas dans un autre tems. Telles sont plusieurs
    verités de la Theologie naturelle et de la Morale, que nous, aidés par lesa revelation, pouvons à present aussi demon-
    trer par les seuls Principes de la raison, mais, que les plus eclairés des Payens n'ont pas connu.

    Si toute revelation Divine doit contenir des propositions au dessus, aucune contre la raison, je crois qu'on peut
    aussi tourner cette proposition de la maniere suivante: Tout livre, qui continent de telles verités est une revelation
    Divine. Car, comme la raison de l'homme ne peut les decouvrir, par qui les sauroit-elle, que par [...]

    superieur aussi adorable par sa sagesse, que par sa puissance et sa bonté, par DIEU même. Voilà la
    maniere, dont je tacherois d'expliquer et de prouver la majeure de mon Syllogisme; il me resteroit a prouver la mi-
    neure; mais je ne veux pas lasser Votre patience. Mes reflexions là dessus seront peut-être l'objet d'une autre
    lettre, quoique je ne puisse Vous dire rien de sur là dessus.

    Commencés, cher Ami, l'année qui va commencer dans une santé et prospérité parfaite et conservés moi
    Votre amitié.
    Unissons nos vœux pour le bien de l'Etat; prions le CielDieu, qu'il nous veuille accorder l'année
    prochaine des evenements plus favorables; qu'il nous conserve notre digne Monarque, qu'il nous appren-
    ne à nous et à tous nos Concitoyens, de tourner à notre avantage les afflictions, qu'il nous a fait eprouver
    jusqu'ici, et sur tout, qu'il nous accorde une parfaite resignation à ses volontés, persuadés, que tous les
    evenements doivent servir au bien general et même au nôtre, s'il n'y est pas contraire.

    Monsieur,

    Nous avons reçu ici depuis quatre ou cinq jours la nouvelle de la reddition de Colberg; j'êtois preparé depuis quelques tems à ce coup, surtout, aprés que la derniere tentative, de ravitailler cette place, n'avoit pas reussi; il ne m'a donc pas tant frappé, qu'en toute autre occasion, mais les reflexions sur les suites de cet evenement ne sont pas moins accablantes. Les ennemis gagnent tous les ans du terrain et le danger s'approche du cœur des Êtats du Roi, dans le tems, qu'un corps d'armée est entierement ruiné, et que les deux autres sont tenus en echec par deux armées superieures. Quel presage pour la Campagne prochaine! Avons-nous assés bien merité de la Providence, pour qu'elle daigne faire pour nous de ces coups extraordinaires, dont elle a quelquefois beni nos armes? L'interêt general est ici trop lié à celui de chaque particulier, pour qu'on n'y doive point prendre part. Si nous reprenons une espece de superiorité, nous nous verrons entourés d'un coté par un peuple, qui, après avoir fait un pas, pour sortir de la barbarie, s'y est replongé de nouveau, suite naturelle de son Gouvernement Despotique. Ce peuple, fier de ses Conquetes et sentant sa puissance, voudra donner les loix à tout l'Empire et n'y reussira, que trop. D'un autre coté nous aurons pour voisins une puissance irreconciliable, et dont le zele aveugle pour le Catholicisme est devenu un principe de Politique. Outre tous les autres desavantages, qu'une telle situation presente, songés, quelle liberté de penser restera dans un pays, assiegé par l'ignorance et la superstition. J'ai trop senti la douceur de ce bien, pour n'être pas effayé du danger, de le perdre. Et avant, que de venir à la paix, que n'aurois-je pas à souffrir. Vraisemblalement mes terres et tous les environs de dix miles de Stettin seront le theatre de la guerre pendant l'année prochaine. Outre la perte considerable, que j'y ferai moi même, songés que mes sujets, parmi lesquels j'avois taché, d'entretenir l'abondance, seront ruinés, qu'une grande partie de mes meilleurs amis seront enveloppés dans le même malheur, que je serai privé de tout commerce avec eux et avec les amis même, que j'ai à Berlin, tout cela me cause des sentiments si douloureux, que je suis forcé de [m'arracher] à ces reflexions.

    Vous me demandes la continuation de mes reflexions sur les preuves du Christianisme par une complaisance qui Vous coutera cher, et à laquelle Vous serés redevable de l'ennui, que pourra Vous causer la lecture de cette lettre. J'avois entierement perdu de vue ces idées, et je suis obligé, de Vous ecrire des pensées tout autres, que celles, que j'avois peut-être à la lecture de Votre lettre à laquelle elles devoient servir de reponse. En etablissant la verité de la Religion Chretienne, je tacherai, de repondre à quelques objections, que Vous m'avés fait sur la maniere de la prouver. Une religion, qui se fonde sur une revelation Divine est la vraye religion, Atque, Ergo. On ne peut pas disputer la majeure de ce Syllogisme, car si Un Être parfait, qui ne sauroit nous tromper ni par defaut de lumieres, ni par mauvaise volonté, nous instruit de la maniere de le servir, cette maniere doit être la veritable. Il ne faut donc, que prouver la mineure, que la religion Chretienne se fonde sur une revelation Divine, ou ce qui revient au même, que l'Ecriture Sainte est une revelation Divine, puisque tous les Chretiens conviennent qu'elle est le fondement de leur creance. Un livre qui contient beaucoup de propositions au dessus, aucune contre notre raison, est une revelation Divine, et l'Ecriture Sainte, Ainsi p. J'appelle propositions contre la raison, celle dont notre raison connoit l'impossibilité par la reflexion sur les natures des Êtres. Une revelation Divine ne peut pas contenir de telles propositions, puisqu'elle contrediroit dans ce cas là à la revelation naturelle, qu'elle reconnoit elle même tant pour ce qui regarde la science Theoretique Rom. Ch. 1, v. 19.20. que pour la pratique ibid. Chap. 2. vers. 14. 15. Vous m'objectés la diversité des sentimens des hommes, et l'empire, que le prejugé sucé avec le lait a sur eux. Vous m'avouerés pourtant, qu'il y a quelques principes si evidents, qu'il n'y a, que ceux, qui ont voulu briller en soutenant des paradoxes, qui en ont douté. Or je demande, que la doctrine d'une revelation Divine ne doit pas contredire à ces principes. Le prejugé exerce un Empire Despotique sur l'esprit de la plupart des hommes, il est vrai; mais cet esclavage, auquel ils se soumettent volontairement est-il une excuse pour eux? S'il êtoit permi, de Vous alleguer à la Montagne, mon propre exemple je Vous dirois, que né et élevé dans la doctrine la plus rigide du Lutheranisme, je renie beaucoup de leurs assertions, et n'aurois pas honte d'être nommé, Anti-Trinitaire, Unitaire, Arien, Pelagien, ou de quel autre nom la Charité des Ecclesiastiques aussi zelés, qu'aveugles, voudroit m'honorer. Vous demandés, quelle sorte de contradictions suffit, pour rejetter une proposition. Vous craignés, que les inclinations corrompues du peuple et l'entêtement des Philosophes feroit rejetter toute l'Ecriture Sainte. Mais je demande pour cet examen un esprit düement preparé [à]la Philosophie Pratique, et libre par consequent dans ce moment de passions et de l'esprit de parti. Un tel esprit

    doit, aprés un mur examen prononcer, si l'Ecriture Sainte contient des doctrines contraires à ce que la raison lui dicte de plus probable. Cette contradiction peut se faire de deux façons differentes 1/ quand l'assertion se detruit soi même, quand elle est A et non A en même tems. Si vous reflechissés a plusieurs Principes des Payens, des Mahometans, des Catholiques p. Vous trouverés, que ce cas n'est pas aussi rare, que vous le croyés 2/ quand l'assertion ne peut pas avoir lieu dans un certain ordre de choses, que nous connoissons parfaitement. Cette recherche est plus difficile que l'autre; aussi je demande, que nous connoissions entierement et distinctement cet ordre des choses et que nous voyions clairement la contradiction, qu'il y a entre lui et l'assertion. Je ne me contente pas de chaque doute, qu'on pourroit me former, et que par ignorance de l'Antiquité, de Langue pp je ne pourrois pas resoudre, mais je veux qu'on me donne une idée distincte, des choses, auxquelles une proposition est contraire et de la façon, dont elle y est contraire. L'absence de cette sorte de doctrines est le premier caractere, que je demande d'une revelation.

    Le second est, qu'elle doit renfermer des propositions au dessus de la raison, c'est à dire des verités, qui n'ont aucune impossibilité externe ou interne, mais, que nous n'aurions pu decouvrir par la raison, puisque les premisses nous etoient inconnues. De telles propositions ne peuvent par consequent jamais etre rigidement demontrés; elles sont un objet de la foi divine, comme la verité que Cesar s'est rendu maitre de Rome est un objet de foi humaine pour nous, et celle que Frederic s'est soutenu contre la plus grande partie de l'Europe et se seroit soutenu encore plus longtems, s'il avoit pu communiquer à ses Generaux une etincelle de son genie, le sera pour la posterité. Nous n'avons jamais une idée aussi claire de ces verités, que de celles, que nous pouvons demontrer, puisque nous connoissons moins de leurs liaison avec d'autres verités connus, mais il suffit, qu'elles soyent attestées par des temoignages irreprochables, pour que nous devions les accepter. Il peut arriver, que l'Empire des passions sur la raison fasse eclipser quelques principes, qui nous menent à des verités plus relevées. Dans ce cas ces verités sont dans un certain tems au dessus de la raison, quoiqu'elles ne le soyent pas dans un autre tems. Telles sont plusieurs verités de la Theologie naturelle et de la Morale, que nous, aidés par la revelation, pouvons à present aussi demontrer par les seuls Principes de la raison, mais, que les plus eclairés des Payens n'ont pas connu.

    Si toute revelation Divine doit contenir des propositions au dessus, aucune contre la raison, je crois qu'on peut aussi tourner cette proposition de la maniere suivante: Tout livre, qui continent de telles verités est une revelation Divine. Car, comme la raison de l'homme ne peut les decouvrir, par qui les sauroit-elle, que par [...]

    superieur aussi adorable par sa sagesse, que par sa puissance et sa bonté, par DIEU même. Voilà la maniere, dont je tacherois d'expliquer et de prouver la majeure de mon Syllogisme; il me resteroit a prouver la mineure; mais je ne veux pas lasser Votre patience. Mes reflexions là dessus seront peut-être l'objet d'une autre lettre, quoique je ne puisse Vous dire rien de sur là dessus.

    Commencés, cher Ami, l'année qui va commencer dans une santé et prospérité parfaite et conservés moi Votre amitié. Unissons nos vœux pour le bien de l'Etat; prions Dieu, qu'il nous veuille accorder l'année prochaine des evenements plus favorables; qu'il nous conserve notre digne Monarque, qu'il nous apprenne à nous et à tous nos Concitoyens, de tourner à notre avantage les afflictions, qu'il nous a fait eprouver jusqu'ici, et sur tout, qu'il nous accorde une parfaite resignation à ses volontés, persuadés, que tous les evenements doivent servir au bien general et même au nôtre, s'il n'y est pas contraire.