Briefe und Texte
aus dem intellektuellen
Berlin um 1800

Brief von Johann Albrecht Euler an Jean Henri Samuel Formey (Sankt Petersburg, 1. März 1767)

 

 

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12
A St :Petersbourg ce 1/12 Mars 1767
Monsieur mon très-chèr et très honoré Oncle!

je viens de recevoir Vos deux lettres du 9 et du 24 du mois passé presqu’en même
tems : quoique je ne fasse pas toujours allusion des nouvelles de Berlin, que Vous avez la
bonté de me mander, Vous pouvez toutefois être très assuré, qu’elles me font un plaisir
infini, et que Vous ne pourriez me punir plus séverement qu’en me privant de cet avantage
qui seul est en etât de me dedommager en quelque façon de Votre chère Compagnie.
On ne connoit point ici la Comtesse Skorzewoka, elle est sans doute une Dame polonoise.
La vûe de mon père est toujours de même, cependant elle n’empire pas : mon père ne
peut pas distinguer un papier blanc d’une écriture : il va commencer au printems pro-
chain une grande cure préscrite par le Doct. Lancher à Paris et revûe de Mr le Conseiller
d’Etât Cruse
et mon frère. Selon l’avis du dernier un Letton seroit l’unique remede et le
plus promt pour le rétablissement de cette vûe si chère à toute notre famille, mais jus-
qu’ici mon père n’a pû se resoudre à subir cette douloureuse operation. Il supporte
d’ailleurs cette epreuve en vrai Chrétien : lorsque je n’ai pas le tems de coucher par ecrit
les differentes idées qui lui viennent en esprit, il donne des Leçons d’Algebre à son
Domestique allemand, qui effectivement commence à bien profiter et qui bientôt sera
en etât de faire tout ce que je fais a present. A present que mon frère cadet demeure
avec nous, mon père lui donne encore deux heures de leçon par jour et c’est de
cette façon qu’il s’amuse tantôt avec l’un tantôt avec l’autre, lorsqu’il est au
logis. J’avois Monsieur et très-honoré Oncle ! recû Votre lettre du 9 Fevrier le 22
du même mois, et j’ai remis encore au même jour Votre Mémoire pour S.M.I., concer-
nant la famille des Cardels au Comte Orloff, qui venoit justement me voir. Quant aux
Demoiselles Perards, quoique S.M. decide en leur faveur, elles pourront toujours venir
ici avec les premiers vaisseaux et être assurées qu’elles seront très bien employées
à la Communauté des Dames nobles ; lesL’ appointements est pour chaqu’une 200 Roubles
la première année et 250 Roubles pour les suivantes : elles auront avec cela le logement,
le bois, l’equipage, la table, la chandèle, et le service franc. Mll. Winterstädt y est
très agréablement, Mad. la Princesse Dolgorocki l’a acceptée à bras ouverts, et elle ne
manquera surement pas de faire autant à l’égard des Demoiselles Perards, puisque
de tels sujets lui manquent. Si Vous connoissez, Monsieur et très honoré Oncle !
encore d’autres Demoiselles françoises d’une bonne conduite, qui souhaiteroient de
s’etablir ici, Vous me ferez un très grand plaisir de les engager sur le champ
et de me les envoyer toutes avec les premièrs vaisseaux, fussent-elles même
au nombre de huit, on les employera très agreablement, et on Vous aura
encore milles obligations. Il n’y a que cette seule circonstance, on ne rembourse
pas les fraix de voyage. Pour Mad. Deluc, on n’en veut absolument pas, qu’elle
vienne seule ou en compagnie de son mari, elle est ici dans un mauvais
credit. Je Vous prie Monsieur et très honoré Oncle ! d’avoir la grace de
me répondre surtout à cet article. J’ajoute encore une autre prière, c’est
de faire mes Complimens au Docteur Wolff en le demandant, s’il vouloit bien se [am Rande: je n’ai pas oublié Mr et Mad. Franzani, mais je n’ai jusqu’ici pû trouver une occasion de leur être utile.]

charger de quelques effets que Madame Belle et mon beau-père lui pourroient donner ?
ceux-ci auront dejà soin de les faire empaqueter et le Docteur Wolff permettra seulement
que ces pacquets partissent avec les siens ; dès qu’il sera arrivé ici, il n’aura qu’à
les laisser à la Douane et on aura dejà soin de les faire retirer. Si Mr Wolff
nous veut faire ce plaisir Vous aurez la bonté Monsieur et très honoré Oncle de
le faire savoir à Mad. Belle et à mon beau-père, qui pourront ensuite s’adresser
directement à lui. On payera remboursera à Mr Wolff tous les fraix qu’il sera obligé de faire.
Vous n’avez pû me faire un plus grand plaisir, Monsieur et très honoré Oncle !
qu’en m’envoyant me rendant le Discours de Mr Weguelin, que j’ai été obligé de laisser à S.M.I.
je suis en ceci Vôtre debiteur, mais c’est toujours un infiniment petit à l’égard de
tout ce que je Vous dois ; car Vous ne cessez de me combler de Vos bontés. Il ne
se trouve plus de programme dans notre librairie, mais ayant attrappé la Gazette
où la question proposée par le Societé Oeconomique etoit mise, je Vous la envoie avec
la presente. Vous pouvez toujours ecrire en françois, et on ne fixe point la longueur de
la Gazette dit le reste. Cette Societé vient de promettre encore un prix pour celui
qui dec
de 1000 Roubles à celui qui aura decouvert une mine de Charbons de terre
dans le Gouvernement de Novogorod, mais ceci ne regarde que les russes. Comme
une grande partie des membres de cette Societé est apresent à Moskau, il y a doubles
conferences, et mais celles de Moskau sont toujours leurs rapports à celles qui se tiennent
ici. Il paroit par Vos lettres Monsieur et très honoré Oncle ! que Vous
n’avez plus envie de faire inoculer Vos chèrs enfans, Dieu veuille qu’ils
prennent la petite verole heureusement ! Je suis surpris que Votre relation avec
notre Academie n’ait pas encore transpiré : mais en cas qu’elle transpire
Vous pouvez être très persuadé que cela ne se ni moi ni ma famille ny’aie
rien contribué la moindre chose. Je ne manquerai pas d’envoyer une copie
de l’epitre à Voltaire insérée dans les Gazettes de Francheville à Moskovie.
Le 21 Fevrier nous reçumes la nouvelle que le Grand Chancellier Woronzow
est mort à Moskovie : le 19 nous élûmes pour Député de l’Academie
le Professeur Müller actuellement à Moskovie. le 23 je me promenai avec
ma famille. le 24 nôtre Chef prit congé de l’Academie et donna à la Comission
plein pouvoir d’agir pendant son absence comme s’il étoit présent. Le 25 je
dinai avec le Comte Wolodimer Orloff chez le Comte Golowin ; le premier partit
de là vers 6 heures du soir. Le 26 je me fis saigner. le 27 je fis des visites
et je reçûs le diplôme d’Academicien, hier je dinai chez le Comte Alexi Rosu-
moffski
: On attend le Comte son frère dans 8 jours. Mais il sonne 11 heures
je dois me lever de bon matin, et ecrire encore deux lettres avant d’aller
à la Commission. Ayez la grace Monsieur et très honoré Oncle !
de suppler tout ce que le tems ne me permet pas d’ajouter, Respects,
Civilités, Complimens, Amitiés etc je suis avec un très profond respect

Votre très humble et très obeïssant Serviteur

J. Albert Euler
A St :Petersbourg ce 1/12 Mars 1767 Monsieur mon très-chèr et très honoré Oncle!

je viens de recevoir Vos deux lettres du 9 et du 24 du mois passé presqu’en même tems : quoique je ne fasse pas toujours allusion des nouvelles de Berlin, que Vous avez la bonté de me mander, Vous pouvez toutefois être très assuré, qu’elles me font un plaisir infini, et que Vous ne pourriez me punir plus séverement qu’en me privant de cet avantage qui seul est en etât de me dedommager en quelque façon de Votre chère Compagnie. On ne connoit point ici la Comtesse Skorzewoka, elle est sans doute une Dame polonoise. La vûe de mon père est toujours de même, cependant elle n’empire pas : mon père ne peut pas distinguer un papier blanc d’une écriture : il va commencer au printems prochain une grande cure préscrite par le Doct. Lancher à Paris et revûe de Mr le Conseiller d’Etât Cruse et mon frère. Selon l’avis du dernier un Letton seroit l’unique remede et le plus promt pour le rétablissement de cette vûe si chère à toute notre famille, mais jusqu’ici mon père n’a pû se resoudre à subir cette douloureuse operation. Il supporte d’ailleurs cette epreuve en vrai Chrétien : lorsque je n’ai pas le tems de coucher par ecrit les differentes idées qui lui viennent en esprit, il donne des Leçons d’Algebre à son Domestique allemand, qui effectivement commence à bien profiter et qui bientôt sera en etât de faire tout ce que je fais a present. A present que mon frère cadet demeure avec nous, mon père lui donne encore deux heures de leçon par jour et c’est de cette façon qu’il s’amuse tantôt avec l’un tantôt avec l’autre, lorsqu’il est au logis. J’avois Monsieur et très-honoré Oncle ! recû Votre lettre du 9 Fevrier le 22 du même mois, et j’ai remis encore au même jour Votre Mémoire pour S.M.I., concernant la famille des Cardels au Comte Orloff, qui venoit justement me voir. Quant aux Demoiselles Perards, quoique S.M. decide en leur faveur, elles pourront toujours venir ici avec les premiers vaisseaux et être assurées qu’elles seront très bien employées à la Communauté des Dames nobles ; L’ appointement est pour chaqu’une 200 Roubles la première année et 250 Roubles pour les suivantes : elles auront avec cela le logement, le bois, l’equipage, la table, la chandèle, et le service franc. Mll. Winterstädt y est très agréablement, Mad. la Princesse Dolgorocki l’a acceptée à bras ouverts, et elle ne manquera surement pas de faire autant à l’égard des Demoiselles Perards, puisque de tels sujets lui manquent. Si Vous connoissez, Monsieur et très honoré Oncle ! encore d’autres Demoiselles françoises d’une bonne conduite, qui souhaiteroient de s’etablir ici, Vous me ferez un très grand plaisir de les engager sur le champ et de me les envoyer toutes avec les premièrs vaisseaux, fussent-elles même au nombre de huit, on les employera très agreablement, et on Vous aura encore milles obligations. Il n’y a que cette seule circonstance, on ne rembourse pas les fraix de voyage. Pour Mad. Deluc, on n’en veut absolument pas, qu’elle vienne seule ou en compagnie de son mari, elle est ici dans un mauvais credit. Je Vous prie Monsieur et très honoré Oncle ! d’avoir la grace de me répondre surtout à cet article. J’ajoute encore une autre prière, c’est de faire mes Complimens au Docteur Wolff en le demandant, s’il vouloit bien se je n’ai pas oublié Mr et Mad. Franzani, mais je n’ai jusqu’ici pû trouver une occasion de leur être utile.

charger de quelques effets que Madame Belle et mon beau-père lui pourroient donner ? ceux-ci auront dejà soin de les faire empaqueter et le Docteur Wolff permettra seulement que ces pacquets partissent avec les siens ; dès qu’il sera arrivé ici, il n’aura qu’à les laisser à la Douane et on aura dejà soin de les faire retirer. Si Mr Wolff nous veut faire ce plaisir Vous aurez la bonté Monsieur et très honoré Oncle de le faire savoir à Mad. Belle et à mon beau-père, qui pourront ensuite s’adresser directement à lui. On remboursera à Mr Wolff tous les fraix qu’il sera obligé de faire. Vous n’avez pû me faire un plus grand plaisir, Monsieur et très honoré Oncle ! qu’en me rendant le Discours de Mr Weguelin, que j’ai été obligé de laisser à S.M.I. je suis en ceci Vôtre debiteur, mais c’est toujours un infiniment petit à l’égard de tout ce que je Vous dois ; car Vous ne cessez de me combler de Vos bontés. Il ne se trouve plus de programme dans notre librairie, mais ayant attrappé la Gazette où la question proposée par le Societé Oeconomique etoit mise, je Vous la envoie avec la presente. Vous pouvez toujours ecrire en françois, et on ne fixe point la longueur de la Gazette dit le reste. Cette Societé vient de promettre encore un prix de 1000 Roubles à celui qui aura decouvert une mine de Charbons de terre dans le Gouvernement de Novogorod, mais ceci ne regarde que les russes. Comme une grande partie des membres de cette Societé est apresent à Moskau, il y a doubles conferences, mais celles de Moskau sont toujours leurs rapports à celles qui se tiennent ici. Il paroit par Vos lettres Monsieur et très honoré Oncle ! que Vous n’avez plus envie de faire inoculer Vos chèrs enfans, Dieu veuille qu’ils prennent la petite verole heureusement ! Je suis surpris que Votre relation avec notre Academie n’ait pas encore transpiré : mais en cas qu’elle transpire Vous pouvez être très persuadé que ni moi ni ma famille y’aie contribué la moindre chose. Je ne manquerai pas d’envoyer une copie de l’epitre à Voltaire insérée dans les Gazettes de Francheville à Moskovie. Le 21 Fevrier nous reçumes la nouvelle que le Grand Chancellier Woronzow est mort à Moskovie : le 19 nous élûmes pour Député de l’Academie le Professeur Müller actuellement à Moskovie. le 23 je me promenai avec ma famille. le 24 nôtre Chef prit congé de l’Academie et donna à la Comission plein pouvoir d’agir pendant son absence comme s’il étoit présent. Le 25 je dinai avec le Comte Wolodimer Orloff chez le Comte Golowin ; le premier partit de là vers 6 heures du soir. Le 26 je me fis saigner. le 27 je fis des visites et je reçûs le diplôme d’Academicien, hier je dinai chez le Comte Alexi Rosumoffski : On attend le Comte son frère dans 8 jours. Mais il sonne 11 heures je dois me lever de bon matin, et ecrire encore deux lettres avant d’aller à la Commission. Ayez la grace Monsieur et très honoré Oncle ! de suppler tout ce que le tems ne me permet pas d’ajouter, Respects, Civilités, Complimens, Amitiés etc je suis avec un très profond respect

Votre très humble et très obeïssant Serviteur

J. Albert Euler