Briefe und Texte
aus dem intellektuellen
Berlin um 1800

Brief von Adolf von Buch an Louis de Beausobre (vermutl. Magdeburg, zwischen dem 21. Januar und dem 23. Februar 1762)

 

 

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      18
      Monsieur,

      Il n'y a que deux jours, que je Vous ai ecrit une tres longue lettre. En voici une autre, qui ne sera gueres
      moins ample. Si je pouvois racheter par les agrements de mon style ce qui manque de solidité et de nouveau-
      té à mes pensées, j'aurois peut-être moins d'excuses à Vous faire. Mais je suis trop peu maitre de la
      langue francoise, pour savoir la plier à mon gré; j'ai lu et medité presque toujours les matieres dont il s'agit
      en langue latine ou allemande et ma paresse ne me permet pas, de donner tout le tems necessaire à la com-
      position de ces lettres. Montagne se moque de Ciceron et de Pline, de ce qu'ils ont ecrit leurs lettres avec
      trop de soin,1 mais je voudrois bien pouvoir imiter ces grands modeles. Je ne craindrois pas, comme je fais à
      present, que plusieurs endroits de mes lettres Vous soyent inintelligibles. Voilà ce que je me dis chaque
      fois, que je me mets à Vous ecrire et il n'y a que l'indulgence, que Vous avés eu toujours pour moi, qui me
      rassure.

      Les hommes peuvent-ils avoir connoissance des verités au dessus de la raison, et de quelle maniere peu-
      vent-ils la recevoir? Ce sont deux points, sur lesquels Vous me proposés des difficultés et desquels Vous voulés
      savoir mes sentiments.

      Je pourrois repondre au premier chef, que, les verités n'êtant au dessus de la raison des hommes, que par-
      cequ'ils en ignorent les premisses, on n'a qu'à leur faire connoitre celles-ci. Mais cette solution ne Vous
      satisferoit pas; pVous me diriés qu'il y a des premisses, que nous ne connoissons jamais assés distinctement, pour
      en tirer des consequences. Nous jugeons par exemple, que par tout, ou nous nous appercevons des causes finales,
      il doit y avoir un Etre intelligent, qui en est le principe; nous concluons par l'impossibilité du processus in
      infinitum et par la contingence du monde, qu'il y a un Être necessaire par sa propre nature; nous inferons de la
      possibilité d'un Être tout parfait, qu'un tel Etre doit exister, puisque l'Existence est une vraye perfection. Voilà
      bien des premisses, pour constater l'existence de DIEU, et pour pouvoir raisonner sur ses attributs. Malgré
      tout cela, qui pourroit soutenir, que les hommes ont une parfaite idée de DIEU? Celui, qui est assés suffisant
      pour se l'attribuer n'a qu'à lire, ce que Mr. Bonnet en dit dans le livre de la Nature. Livre I Ch. III. J'ai expressement
      retenu l'exemple que Vous me proposés; un esprit fini peut-il avoir une idée claire d'un esprit infini?

      Kommentare

      1 In dem Kapitel „Über Cicero“ aus dem Buch I der Versuche.

      Pour lever cette difficulté, il faut distinguer, je crois, entre avoir une idée quelconque d'un objet et entre avoir une
      idée nette, distincte et complette du meme objet. Une infinité de preuves nous convainquent, qu'il y a un Dieu, et
      que DIEU a toutes les perfections dans le supreme degré; ils nous fournissent donc quelque idée de Dieu. Pour
      en avoir une idée distincte et complette, il faudroit connoitre a fonds chaque perfection, savoir precisement, ce qui
      la constitue telle, et concevoir toute son etendue. Un esprit fini, retreçi par de certaines bornes, ne peut avoir, qu'une
      tres mince idée, de ce, qui est au-delà de ces bornes, et par consequent il ne peut jamais concevoir distinctement la
      Divinité. Le moyen, que les Philosophes employent, pour etendre leurs connoissances sur ce sujet est de rechercher
      la veritable perfection dans les Êtres finis, d'en separer toutes les foiblesses et imperfections, d'oter toutes limites, et
      de l'attribuer ainsi à l'Etre supreme. Cette methode, employée avec les precautions necessaires, est fort bonne, pour
      augmenter nos idées, mais elle ne peut jamais nous faire concevoir distinctement l'Etre tout parfait. Car dans
      la plupart d'occasions elle ne nous fournit, qu'une notion negative, que DIEU n'a pas telle et telle imperfection
      qui accompagnent ordinairement les bonnes qualités d'une Creature. D'ailleurs les hommes en ont etrange-
      ment abusé, pour se former des idées monstrueuses de la Divinité. Un esclave d'êtat ou de sentiment ne voit
      de perfection dans son maitre, que celle, de pouvoir le punir et le maltraiter à son gré. Quelle autre idée peut-
      il se former, que celle d'un Être, qui se plait, à etendre cette tyrannie sur tout le genre humain? Le Bramane
      se brule à la chaleur ardente du soleil, le Catholique invente haire et cilice et fouet, pour rejouir l'Etre supre-
      me par la maceration, qu'il fait essuyer à son corps et se rendre par là l'Enfant cheri. Un ambitieux, qui s'offen-
      se de chaque parole, et qui voudroit voir ramper tout le genre humain à ses piés, ne doit-il pas supposer, qu'une
      crainte servile et la plus grande humiliation est l'offrande la plus agréable au Souverain Maitre du Ciel et de la
      terre. Et tous les hommes generalement ne sont-ils pas du sentiment, que c'est offenser Dieu, que de faire
      des recherches sur ses perfections? ne tremblent-ils pas, quand il s'agit d'examiner, si une certaine qualité est une
      vraye perfection et digne de DIEU, de peur, de s'attirer sa vengeance, en niant de lui une qualité, que le vulgaire
      lui attribue? Combien a t'il fallu de tems, pour oser dire, que Dieu ne peut pas faire de choses impossibles, parce-
      qu'on redoutoit toujours la ferule d'un maitre capricieux, dont on sembloit diminuer la puissance. O Chrétiens,
      ne pourrés Vous jamais Vous persuader, que Dieu est l'amour, et qu'un Etre tout parfait ne redoute aucun exa[...]
      Pour revenir apres cette longue digression à mon sujet, il me paroit clair par cet exemple, que nous pouvons avoir
      quelque idée des verités au dessus de nôtre raison, quoiqu'il y en ait, que nous ne pouvons concevoir distinctement. Mais
      [de qu]elle maniere pouvons nous recevoir la connoissance des verités au dessus de nôtre raison.

      19

      Si on repond par la revelation, il faut montrer la maniere, dont une revelation est possible. Nous ne pouvons
      point avoir d'idées, que de choses, que nous avons senti, ou dont nous avons senti la ressemblance. Qu'on employe
      toute la force de son imagination, pour decouvrir les idées qu'un sixieme sens nous pourroit fournir, on echouëra sûre
      ment dans son projet. Parlés aussi longtems, que Vous voulés à un aveugle de couleurs, d'eloignement p; il ne Vous
      comprendra, qu'autant, que ses autres sens lui ont procuré quelque idée de ces choses. Il n'y a donc, que deux mo-
      yens, qui puissent faire connoitre aux hommes des nouvelles verités au dessus de leur raison. 1/ quand Dieu leur fait naitre de nouvelles sensations. Cela ne serviroit, comme Vous le remarqués tres bien, qu'à cet homme seul,
      puisque dans ce cas il acquereroit des forces au-delà des humaines et ne pourroit point se faire entendre des
      autres hommes. C'est pourquoi St. Paul ne put jamais communiquer aux autres les idées, qu'il avoit acquis
      lors de son enlevement au troisieme Ciel. 2/ Quand DIEU fait connoitre ces verités aux hommes par des ressem-
      blances avec des idées, qu'ils ont deja eus. Nous voyons par toute l'histoire de la revelation, que c'est cette
      voye, que DIEU a choisi. Adam fut mis au Paradis avec des facultés superieures aux nôtres, sa volonté êtant
      toujours porté au bien, ses passions ne l'entrainoient pas à l'Eerreur; il est vraisemblable, qu'il auroit cultivé
      sa raison avec moins de peine et plus de succés, que nous, mais l'êtat actuel de ses connoissances doit avoir
      êté fort inferieur au notre, puisqu'il manquoit de beaucoup d'idées, que nous avons. Comment par exemple
      pouvoit-il avoir une idée d'obëissance, de desobëissance, de peché p. Aussi DIEU se prit-il de la maniere la
      plus simple, pour l'instruire. Sa principale occupation êtant, de manger des fruits, que la terre produisoit,
      Dieu lui enseigna la dependance, dontans laquelle il êtoit à l'egard de lui, en lui det les mauvaises suites, qu'une desobe-
      issance de sa part produiroit, en lui defendant, de manger dles fruits d'un certain arbre et en lui enonçant les
      consequences, qui en resulteroient, s'il manquoit à cette defense. Après le peché d'Adam Dieu communi-
      qua à nos premiers parents le moyen, que la misericorde avoit trouvée des l'êternité pour nous sauver. Il est
      tres probable, qu'ils ne comprirent rien à cette promesse, et qu'elle leur montroit seulement, que Dieu êtoit
      infiniment bon et juste. Il falloit encore bien de tems, pour procurer aux hommes les connoissances necessai-
      res, pour se former quelque idée de cette verité. Dieu institua les Sacrifices, pour accoutumer les hommes peu
      a peu à l'idée du grand sacrifice, que leur maitre devoit faire pour eux, et de la satisfaction, qu'il devoit donner
      par là pour leurs pechés. Le genre de vie des premiers hommes êtoit si simple et si peu diversifié [...]

      etonnant, que le nombre de leurs idées s'accrut fort lentement, et que Dieu ne put leur réveler bien des choses, qu'il a fait
      connoitre à la posterité. Pour accoutumer Abraham à mettre toute sa confiance en lui-même dans le cas de promesses, qui êtoient
      les plus difficiles dans l'execution, il lui promit un fils dans un age où la force, de procréer cesse ordinairement, et exigea de lui le
      sacrifice de ce fils, par lequel il lui avoit promis une nombreuse posterité. Il se servit du même moyen pour instruire les hommes
      des idées, qui regardent la Divinité, les comparant toujours aux idées, qu'ils pouvoient deja avoir acquis. C'est la raison, pour-
      quoi nous trouvons dans l'ancien Testament beaucoup plus d'idées, qui tiennent de l'Anthropomorphisme, que dans le nou-
      veau Testament
      . Mais il tacha pourtant de ramener les hommes au culte spirituel, autant, que la foiblesse de leurs connois-
      sances le pouvoit permettre; il defendit, de faire des idoles, parce qu'aucune chose êtoit capable de le representer; lorsque
      Moyse desira le voir, il ne se montroit, que par les effets qu'il produisit symboles de ses perfections; il temoigna souvent par
      ses prophetes, que le sang des animaux ne pouvoit lui plaire, qu'autant qu'il êtoit accompagné d'un changement de cœur
      et de sainteté de la vie. C'est ainsi qu'il prepara les hommes à des connoissances plus êlevées jusqu'au tems, qu'il jugea
      propre, pour faire venir son fils au monde, et pour enseigner aux hommes une doctrine plus pure et plus sainte. On peut
      observer la même gradation dans la maniere, dont il publia ces verités. Au commencement il parla souvent lui même aux
      hommes et il leur envoya des Anges en forme humaine, puis il instruisit ses serviteurs choisis avec des dons extraordinaires
      pour faire des miracles et s'acquerir par là la creance de ceux à qui ils prechoient; enfin son fils unique parut, accompagné de
      toute la splendeur Divine, et comme les hommes êtoient mis à present en êtat d'examiner par leur raison la verité de la doctrine
      le don des miracles finit avec les premiers disciples de Jesus-Christ. Je Vous avoue, que je ne puis jamais penser à cette
      oeconomie Divine, sans que mon cœur soit penetré de la plus grande veneration pour la sagesse de ses decrets, d'un amour
      fort vif pour sa bonté, et d'une veritable tristesse a cause des pechés, qui me separent d'une Dieu si bon, si saint, si parfait.
      Où en serions nous, si la Providence Divine ne s'êtoit pas accomodée à la capacité des foibles mortels et ne les
      avoit guidés de verité en verite, si elle ne nous avoit conduit par degrés à une connoissance, qui quoique tres impar-
      faite encore, l'est pourtant beaucoup moins, que celle de nos ancêtres. Que nous serions ingrats, si en jugeant des premi-
      ers hommes par nous, nous nous scandalizerions de la maniere, dont ils furent instruits, necessaire pour eux, necessaire pour
      nous, si nous ne vivions aprés eux! Que nous serions condamnables, si nous ne profitions de cette augmentation de lumiè-
      res pour reculer les bornes de nôtre connoissance dans les choses Divines et pour nous preparer par là un avenir heureux! Pardonnés, cher Ami, ces exclamations un peu deplacées dans [...]des matieresdidactiques; mais l'aride connoissance des
      verités Theologiques ne nous sert de rien, si elle n'agit efficacement sur le cœur, et je crois, qu'il est de notre devoir, de les
      exciter plutôt, que de les reprimer. Si mes longues dissertations ne Vous ont ennuyés, je Vous marquerai peut-être mes
      pensées sur les autres points de Votre lettre, ou dpour le fonds je suis assés de Votre sentiment, quoique je differe un peu dans
      [...]niere, de me les representer.

      Monsieur,

      Il n'y a que deux jours, que je Vous ai ecrit une tres longue lettre. En voici une autre, qui ne sera gueres moins ample. Si je pouvois racheter par les agrements de mon style ce qui manque de solidité et de nouveauté à mes pensées, j'aurois peut-être moins d'excuses à Vous faire. Mais je suis trop peu maitre de la langue francoise, pour savoir la plier à mon gré; j'ai lu et medité presque toujours les matieres dont il s'agit en langue latine ou allemande et ma paresse ne me permet pas, de donner tout le tems necessaire à la composition de ces lettres. Montagne se moque de Ciceron et de Pline, de ce qu'ils ont ecrit leurs lettres avec trop de soin,1 mais je voudrois bien pouvoir imiter ces grands modeles. Je ne craindrois pas, comme je fais à present, que plusieurs endroits de mes lettres Vous soyent inintelligibles. Voilà ce que je me dis chaque fois, que je me mets à Vous ecrire et il n'y a que l'indulgence, que Vous avés eu toujours pour moi, qui me rassure.

      Les hommes peuvent-ils avoir connoissance des verités au dessus de la raison, et de quelle maniere peuvent-ils la recevoir? Ce sont deux points, sur lesquels Vous me proposés des difficultés et desquels Vous voulés savoir mes sentiments.

      Je pourrois repondre au premier chef, que, les verités n'êtant au dessus de la raison des hommes, que parcequ'ils en ignorent les premisses, on n'a qu'à leur faire connoitre celles-ci. Mais cette solution ne Vous satisferoit pas; Vous me diriés qu'il y a des premisses, que nous ne connoissons jamais assés distinctement, pour en tirer des consequences. Nous jugeons par exemple, que par tout, ou nous nous appercevons des causes finales, il doit y avoir un Etre intelligent, qui en est le principe; nous concluons par l'impossibilité du processus in infinitum et par la contingence du monde, qu'il y a un Être necessaire par sa propre nature; nous inferons de la possibilité d'un Être tout parfait, qu'un tel Etre doit exister, puisque l'Existence est une vraye perfection. Voilà bien des premisses, pour constater l'existence de DIEU, et pour pouvoir raisonner sur ses attributs. Malgré tout cela, qui pourroit soutenir, que les hommes ont une parfaite idée de DIEU? Celui, qui est assés suffisant pour se l'attribuer n'a qu'à lire, ce que Mr. Bonnet en dit dans le livre de la Nature. Livre I Ch. III. J'ai expressement retenu l'exemple que Vous me proposés; un esprit fini peut-il avoir une idée claire d'un esprit infini?

      Kommentare

      1 In dem Kapitel „Über Cicero“ aus dem Buch I der Versuche.

      Pour lever cette difficulté, il faut distinguer, je crois, entre avoir une idée quelconque d'un objet et entre avoir une idée nette, distincte et complette du meme objet. Une infinité de preuves nous convainquent, qu'il y a un Dieu, et que DIEU a toutes les perfections dans le supreme degré; ils nous fournissent donc quelque idée de Dieu. Pour en avoir une idée distincte et complette, il faudroit connoitre a fonds chaque perfection, savoir precisement, ce qui la constitue telle, et concevoir toute son etendue. Un esprit fini, retreçi par de certaines bornes, ne peut avoir, qu'une tres mince idée, de ce, qui est au-delà de ces bornes, et par consequent il ne peut jamais concevoir distinctement la Divinité. Le moyen, que les Philosophes employent, pour etendre leurs connoissances sur ce sujet est de rechercher la veritable perfection dans les Êtres finis, d'en separer toutes les foiblesses et imperfections, d'oter toutes limites, et de l'attribuer ainsi à l'Etre supreme. Cette methode, employée avec les precautions necessaires, est fort bonne, pour augmenter nos idées, mais elle ne peut jamais nous faire concevoir distinctement l'Etre tout parfait. Car dans la plupart d'occasions elle ne nous fournit, qu'une notion negative, que DIEU n'a pas telle et telle imperfection qui accompagnent ordinairement les bonnes qualités d'une Creature. D'ailleurs les hommes en ont etrangement abusé, pour se former des idées monstrueuses de la Divinité. Un esclave d'êtat ou de sentiment ne voit de perfection dans son maitre, que celle, de pouvoir le punir et le maltraiter à son gré. Quelle autre idée peut- il se former, que celle d'un Être, qui se plait, à etendre cette tyrannie sur tout le genre humain? Le Bramane se brule à la chaleur ardente du soleil, le Catholique invente haire et cilice et fouet, pour rejouir l'Etre supreme par la maceration, qu'il fait essuyer à son corps et se rendre par là l'Enfant cheri. Un ambitieux, qui s'offense de chaque parole, et qui voudroit voir ramper tout le genre humain à ses piés, ne doit-il pas supposer, qu'une crainte servile et la plus grande humiliation est l'offrande la plus agréable au Souverain Maitre du Ciel et de la terre. Et tous les hommes generalement ne sont-ils pas du sentiment, que c'est offenser Dieu, que de faire des recherches sur ses perfections? ne tremblent-ils pas, quand il s'agit d'examiner, si une certaine qualité est une vraye perfection et digne de DIEU, de peur, de s'attirer sa vengeance, en niant de lui une qualité, que le vulgaire lui attribue? Combien a t'il fallu de tems, pour oser dire, que Dieu ne peut pas faire de choses impossibles, parcequ'on redoutoit toujours la ferule d'un maitre capricieux, dont on sembloit diminuer la puissance. O Chrétiens, ne pourrés Vous jamais Vous persuader, que Dieu est l'amour, et qu'un Etre tout parfait ne redoute aucun exa[men?] Pour revenir apres cette longue digression à mon sujet, il me paroit clair par cet exemple, que nous pouvons avoir quelque idée des verités au dessus de nôtre raison, quoiqu'il y en ait, que nous ne pouvons concevoir distinctement. Mais [de qu]elle maniere pouvons nous recevoir la connoissance des verités au dessus de nôtre raison.

      Si on repond par la revelation, il faut montrer la maniere, dont une revelation est possible. Nous ne pouvons point avoir d'idées, que de choses, que nous avons senti, ou dont nous avons senti la ressemblance. Qu'on employe toute la force de son imagination, pour decouvrir les idées qu'un sixieme sens nous pourroit fournir, on echouëra sûrement dans son projet. Parlés aussi longtems, que Vous voulés à un aveugle de couleurs, d'eloignement p; il ne Vous comprendra, qu'autant, que ses autres sens lui ont procuré quelque idée de ces choses. Il n'y a donc, que deux moyens, qui puissent faire connoitre aux hommes des nouvelles verités au dessus de leur raison. 1/ quand Dieu leur fait naitre de nouvelles sensations. Cela ne serviroit, comme Vous le remarqués tres bien, qu'à cet homme seul, puisque dans ce cas il acquereroit des forces au-delà des humaines et ne pourroit point se faire entendre des autres hommes. C'est pourquoi St. Paul ne put jamais communiquer aux autres les idées, qu'il avoit acquis lors de son enlevement au troisieme Ciel. 2/ Quand DIEU fait connoitre ces verités aux hommes par des ressemblances avec des idées, qu'ils ont deja eus. Nous voyons par toute l'histoire de la revelation, que c'est cette voye, que DIEU a choisi. Adam fut mis au Paradis avec des facultés superieures aux nôtres, sa volonté êtant toujours porté au bien, ses passions ne l'entrainoient pas à l'erreur; il est vraisemblable, qu'il auroit cultivé sa raison avec moins de peine et plus de succés, que nous, mais l'êtat actuel de ses connoissances doit avoir êté fort inferieur au notre, puisqu'il manquoit de beaucoup d'idées, que nous avons. Comment par exemple pouvoit-il avoir une idée d'obëissance, de desobëissance, de peché p. Aussi DIEU se prit-il de la maniere la plus simple, pour l'instruire. Sa principale occupation êtant, de manger des fruits, que la terre produisoit, Dieu lui enseigna la dependance, dans laquelle il êtoit à l'egard de lui, et les mauvaises suites, qu'une desobeissance de sa part produiroit, en lui defendant, de manger les fruits d'un certain arbre et en lui enonçant les consequences, qui en resulteroient, s'il manquoit à cette defense. Après le peché d'Adam Dieu communiqua à nos premiers parents le moyen, que la misericorde avoit trouvée des l'êternité pour nous sauver. Il est tres probable, qu'ils ne comprirent rien à cette promesse, et qu'elle leur montroit seulement, que Dieu êtoit infiniment bon et juste. Il falloit encore bien de tems, pour procurer aux hommes les connoissances necessaires, pour se former quelque idée de cette verité. Dieu institua les Sacrifices, pour accoutumer les hommes peu a peu à l'idée du grand sacrifice, que leur maitre devoit faire pour eux, et de la satisfaction, qu'il devoit donner par là pour leurs pechés. Le genre de vie des premiers hommes êtoit si simple et si peu diversifié [qu'il n'est pas]

      etonnant, que le nombre de leurs idées s'accrut fort lentement, et que Dieu ne put leur réveler bien des choses, qu'il a fait connoitre à la posterité. Pour accoutumer Abraham à mettre toute sa confiance en lui-même dans le cas de promesses, qui êtoient les plus difficiles dans l'execution, il lui promit un fils dans un age où la force, de procréer cesse ordinairement, et exigea de lui le sacrifice de ce fils, par lequel il lui avoit promis une nombreuse posterité. Il se servit du même moyen pour instruire les hommes des idées, qui regardent la Divinité, les comparant toujours aux idées, qu'ils pouvoient deja avoir acquis. C'est la raison, pourquoi nous trouvons dans l'ancien Testament beaucoup plus d'idées, qui tiennent de l'Anthropomorphisme, que dans le nouveau Testament. Mais il tacha pourtant de ramener les hommes au culte spirituel, autant, que la foiblesse de leurs connoissances le pouvoit permettre; il defendit, de faire des idoles, parce qu'aucune chose êtoit capable de le representer; lorsque Moyse desira le voir, il ne se montroit, que par les effets qu'il produisit symboles de ses perfections; il temoigna souvent par ses prophetes, que le sang des animaux ne pouvoit lui plaire, qu'autant qu'il êtoit accompagné d'un changement de cœur et de sainteté de la vie. C'est ainsi qu'il prepara les hommes à des connoissances plus êlevées jusqu'au tems, qu'il jugea propre, pour faire venir son fils au monde, et pour enseigner aux hommes une doctrine plus pure et plus sainte. On peut observer la même gradation dans la maniere, dont il publia ces verités. Au commencement il parla souvent lui même aux hommes et il leur envoya des Anges en forme humaine, puis il instruisit ses serviteurs choisis avec des dons extraordinaires pour faire des miracles et s'acquerir par là la creance de ceux à qui ils prechoient; enfin son fils unique parut, accompagné de toute la splendeur Divine, et comme les hommes êtoient mis à present en êtat d'examiner par leur raison la verité de la doctrine le don des miracles finit avec les premiers disciples de Jesus-Christ. Je Vous avoue, que je ne puis jamais penser à cette oeconomie Divine, sans que mon cœur soit penetré de la plus grande veneration pour la sagesse de ses decrets, d'un amour fort vif pour sa bonté, et d'une veritable tristesse a cause des pechés, qui me separent d'une Dieu si bon, si saint, si parfait. Où en serions nous, si la Providence Divine ne s'êtoit pas accomodée à la capacité des foibles mortels et ne les avoit guidés de verité en verite, si elle ne nous avoit conduit par degrés à une connoissance, qui quoique tres imparfaite encore, l'est pourtant beaucoup moins, que celle de nos ancêtres. Que nous serions ingrats, si en jugeant des premiers hommes par nous, nous nous scandalizerions de la maniere, dont ils furent instruits, necessaire pour eux, necessaire pour nous, si nous ne vivions aprés eux! Que nous serions condamnables, si nous ne profitions de cette augmentation de lumières pour reculer les bornes de nôtre connoissance dans les choses Divines et pour nous preparer par là un avenir heureux! Pardonnés, cher Ami, ces exclamations un peu deplacées dans des matieresdidactiques; mais l'aride connoissance des verités Theologiques ne nous sert de rien, si elle n'agit efficacement sur le cœur, et je crois, qu'il est de notre devoir, de les exciter plutôt, que de les reprimer. Si mes longues dissertations ne Vous ont ennuyés, je Vous marquerai peut-être mes pensées sur les autres points de Votre lettre, ou pour le fonds je suis assés de Votre sentiment, quoique je differe un peu dans [la ma]niere, de me les representer.