Lettres et textes:
Le Berlin intellectuel
des années 1800

Lettre de Jean Albert Euler à Jean Henri Samuel Formey (Saint Pétersbourg, 1767 ??)

 

 

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Bibliothèque d'État de Berlin / Section des manuscrits
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Monsieur mon très-cher et très honoré Oncle !

L’Academie Imperiale Vous prie, mon très-chèr Oncle, de dresser un petit
Article pour les Journeaux et Gazettes litteraires, par laquelle le public soit
averti des differens ouvrages, qui dans peu de tems vont paroitre sans
l’Approbation de l’Academie : je joins ici pour cet effet un billet qui contient
tous les materiaux necessaires pour cet article, que Vous pourriez ensuite
arranger tout comme il Vous plaira. On va acheter une lettre de change
pour payer Votre pension jusqu’au 1mer Juillet, que Vous recevrez Monsieur
et très honoré Oncle ! si non avec cette lettre, au plûs tard l’ordinaire prochain.
Comme les 20 gros que l’Academie Vous doit outre la pension, fait une tro[p]
petite somme, elle attendra jusqu’à ce que la dette soit devenûe plus con-
siderable. En attendant Vous lui ferez credit. Le grand Voyage de S.M.
I.
dont nous celebrons aujourd’hui l’avenement au trone, a fourni a l’Aca-
demie
l’occasion de publier encore avant le depart de S.M.I. un petit
Atlas geographique de la Wolga avec une description detaillée de tou[s]
les environs, villes, villages, etc leurs distances entr’elles, la route de
Poste etc, si ce petit ouvrage n’étoit pas ecrit en langue russe, j’en aurois en-
voyé quelques centaines d’exemplaires en Allemagne. L’Academie a encore
publié une Table complette de distances des principaux endroits du
vaste empire de russie en trois langues avec une table de longitud[es]
et latitudes des dits endroits dont le nombre surpasse 60. Nos astro-
nomes sont aussi occupé à dresser les 18 jeunes Officiers de Marine, qui
doivent être employés à l’Observation du passage de Venus par le disque
du soleil : mais ceci merite seul un article pour les Gazettes litteraires
que je ne manquerai pas d’envoyer lorsqu’il à son tems. En attendant
Vous aurez la bonté, mon très chèr Oncle, d’en dire de l’indiquer seulement en
mots. Mon père est aprésent tout à fait retabli, et est dejà [...]-
tré en fonctions ; mon beau-père Vous en fera un recit detail[...].
Vous apprendrez de lui que mon père a essuïé deux rechûte de plus
cruelles, mais qui en quelque manière sembloient avoir été necessaires po[...] Avan[...]

[a]vancer la parfaite guerison. [Quant a] la vue de mon père, elle [est]
toujours la même, et il-y-a peu d’esperance qu’il la recouvre entierement.
Enfin je suis venû à bout de dresser d’ébaucher sous les yeux de mon père un Regle-
ment de l’Academie des Sciences, c’est presque un code entier ; il ne s’agit
aprésent que S.M.I. le lise, en approuve quelques articles, donne sa volonté
sur d’autres, et decide sur celles que mon père a laissés en doute. Un certain
Officier nommé Fauche s’est établie en Liefflande ; il dit avoir été au service
du Roi de Prusse et prétend être Votre beau-frère : on vient donc de me charger
Monsieur et très honoré oncle ! de m’informer chez Vous si par hazard Vous
en aviez quelque connoissance ; et en ce cas quilel soit a été la conduite de ce
nommé Fauche. Vos cinq lettres du 28 Avril, 12 May, 23 May, 25 May et 1 Juin
me sont toutes parvenues et je les ai lû toujours avec ces sentimens de plaisir
dont personne ne peut avoir une juste idée, que celui qui ait comme moi l‘ines-
timable avantage de Vous connoitre et d’etre de posseder Votre precieuse amitié.
Je suis toujours extremement mortifié de n’être pas en étât de Vous rendre toujours
la pareille en Vous ecrivant aussi souvant que Vous avez la bonté très chèr
Oncle, de le faire à mon égard : je ne veux ni ne puis dire que je sois plus occupé
que Vous, mais je ne possède pas cette facilité d’écrire et de mettre à profit tous
les momens qui me restent. Vous me parlez des tracasseries de l’Acad. de Berlin ; la
cause est evidamment, qu’il-y-a trop de savans qui se mêlent de la direction des
affaires : selon mon avis il n’en devroit être qu’un seul : trop de têtes, trop de sentimens
differens ; on dit en allemand viele Köche verderben den brey et la verité de ce proverbe
se confirme de jour en jour : je pourrois ajouter bien des choses à cette occasion, mais
cela me meneroit trop loin. le comte Orlow et mon père seul auroit réglé toute l’academie
en moins de trois mois, mais les aides qu’on leur a donné ont si bien aidé, qu’un
an tout entier se soit ecoulé sans qu’on ait pû avancer d’un seul pas. C’est par cette
raison que mon père va trancher court ; ayant maintenant une connoissance parfaite de
tous les departemens de l’Academie, il vient d’en dresser des reglemens, et il ne les presentera
qu’à S.M.I. et au comcte Orlow. Quelle fin a pris l’affaire de Böhmer ? Il est vrai
que (mais entre nous) Bernouilli ait envie de s’engager ici, son père et son oncle le souhaitent
[...]alement ; mais il-n’y a aucune place vacance qui pourroit lui convenir ; étant dejà
[...]embre de l’Acad. de Berlin, on ne lui sauroit donner moins que 800 à 1000 Roubles.
Dans ce moment je viens de recevoir Votre derniere lettre, que je viens de lire deux
fois de suite, comme toutes Vos autres lettres, la première fois à mon père et la seconde à ma
[...]mme
ou recriproquement. Je ne sais ce qui auroit pû donner occasion à Mr Sultze de dire
[...] seulement de soupçonner que S.M.I. m’enverroit en France ? je souhaiterai qu’il eut
[...]t vrai, et je ne manquerai surement pas de passer par Berlin et de Vous y ammener
ma [...]me et mes enfans, qui y pourroient rester jusqu’à mon retour : ce sont des chateaux
[...]agne ? Je Vous felicite, mon très honoré Oncle, que Vous avez si heureusement
Echappé [echa]ppé aux griffes des voleurs. […]dans une de vos lettres
que Vous avez eu l’amitié, Monsieur et très_chèr Oncle, de Vous offrir pour Curateur
de ses enfans au cas qu’il [i]mourir mourût ; ma femme aussi bien que moi en sont penetré
de la plus vive reconnoissance ; ah ! si mes beaux frères et belles sœurs avoit eu leent le malheur
de perdre leur vieux père, qu’ils seroient à plaindre si des ames aussi chretiennes que la
Vôtre ne voudroient pas s’interesser pour eux : Votre offerte a été un baume pour mon
beau père et elle est une très grande consolation pour nous : recevez en ici nos sinceres
remercimens : je Vous remercie aussi, mon très-honoré Oncle, des beaux présens que
Vous m’avez destiné et que je dois recevoir par Mr Pallas. Comme mon frère est obligé
de déloger de chez nous pour s’approcher du Palais imperial, Mr Pallas pourra
louër ses appartements et avoir chez moi la table ; ce qui lui sera d’une grande
commodité. Comme j’ai vuje vois souvant le Comte de Gollowin, dont le fils *ainé* vient de faire
Votre connoissance, le cadèt étant chèz moi en pension, j’ai autant de fois eu occasion
de parler de Vous, mon très chèr Oncle ; il m’a demandé après toutes lses vieilles
connoissances de Berlin ; il m’a aussi parlé de son dessein d’envoyer ses fils l’un
après l’autre à Berlin et demandé s’il oseroit bien Vous demander du conseil chargér de conduire
les études de ces jeunes Comtes, en leur procurant de habiles maitres, et une bonne
maison, où ils pouvoient avoir logement et table ; je lui ai repondû que je Vous
ecrirai sur ce sujet, et que Vous ne lui refuserez surement pas des bons conseils.
Le Comte de Lestocq est mort le 12 de ce mois, et enterré le 17. On dit qu’il
doit avoir fait un Testament à l’avantage de sa veuve et que ses neveux en
sont entierement exclûs. Je devrois aprésent continuer mon journal, mais
j’apperçois que cette lettre est dejà trop grande, et surtout qu’il ne me reste
guerres de tems pour remplir cette tache. Mon beau-père Vous fera le
recit des choses plus rémarquables, et je tacherai d’y suppléer dans une de
mes lettres suivante : je souhaite de tout mon cœur que l’inoculation de la
petite verole chez Vous ait un bon succès, et que Vous ayez un jour la satis-
faction d’entendre précher Messieurs Vos fils ; ou que Vous les voyez
de l’une ou l’autre façon établis. Mes enfans se portent à merveilles, commencent
à lire et à écrire, je parle ici des deux ainés. Ma femme vous présente ses
très humbles respects ; elle embrasse tendrement toute Votre aimable famille.
Albertine rend la pareille au petit Lude et court comme lui dans toute la
maison : Mon Père, ma mère et toute la famille vous font (et à tous) assurer
de leurs respect, civilités, devouement etc : et j’ai l’honneur d’être avec
un profond respect Votre très humble et très obeïssant Serviteur et NeveuJ. Albert Euler

P.S. j’avois finis cette lettre le 28 [...]aujourd’hui le 27 [au]
matin vers 5 heures, ma sœur Della accoucha heureusement, et même
très heureusement d’un beau garçon. On dit qu’il-y-a à Berlin un
jeune étudiant en medecine, sujet de S.M.I. natif de Riga, et qui se nomme,
Gultenstaedt, si je ne me trompe : c’est un disciple du Prof. Gleditsch.
Voudriez Vous bien avoir la bonté, Monsieur et très honoré Oncle, de
Vous informer chez Mr Gleditsch, si ce jeune botaniste est encore à
Berlin ? en ce cas Mr Gleditsch lui pourra dire de ma part, que
s’il avoit envie de s’engager à notre Academie des Sciences comme
Adjoint, il-y auroit grande apparence qu’il seroit le très bien venû,
il n’aurapourra d’abord que retourner à Riga, pour y recevoir par le canal
de son beau-frère les propositions que l’Academie a envie de lui
faire, et qui selon toute apparence seront très acceptables – on l’engagera pour la botanique.

Cette page étoit destinée à ma femme pour la remplir, mais la sus-dite scène nocturne
qu’elle vient d’avoir demande qu’elle se repose : il-y-a quelque tems qu’elle
reçût une lettre de S.E.Mad. la Generale de Broun epouse du Gouverneur General
de la Livonie et residente à Riga, où nous avons fait sa connoissance : cette
Dame la prie instamment de lui procurer auprès les comtesses ses filles une
demoiselle françoise ; voi-ci ses propres môts « Eine gute Conduite ist das
vornehmste, so mich vorbehalte ; sonst wegen dem übrigen bin nicht mehr so sehr
verlegen, indem meine beyde alteste Töchter meist erzogen sind ; noch habe
eine kleine Tochter, die nun balde ein Jahr seyn wird ; nach dieser müsste sie
auch sehen und sie gleich zü sich nehmen. Hand Arbeit würde mir sehr […]
seyn, wann sie auch in diese geschickt wäre, um die Jügend damit amusiren zu
können: die französische Sprache müsste sie wohl zu sprechen verstehen; gerne
sähe auch, dass sie reformierter Religion wäre. Ihre Gage soll jährlich 150
[en marge: Ecus]RubelD’Albert seyn, die Reyse Kosten bezahle ich, und auf 3 Jahre müsste sie sich engagieren
sonst kann sie vollkommen versichert seyn, dass es ihr an nichts abgehen sollte
sondern sie es auf alle weise gut haben würde“. Quant à moi je puis hardiement
assurer qu’une demoiselle dans cette maison est parfaitement bien; la précendente
que nous avons vû, y a été 10 ans de suite et s’est rammassé un petit capital de
6000 ecûs : elle n’a eu besoin de rien, les 150 ecus d’Albert (qui valent 1 ecu et 12 gros
de Brandenbourg) se sont toujours mis à côté ; elle a encore eu trois fois plus de
présent etc Riga est d’ailleurs un endroit très agréable, de la bonnte compagnie
si vous connoissez une telle demoiselle Monsieur et très-honoré Oncle ! vous me ferez le
[...]pouvoir lui ecrire recto

Monsieur mon très-cher et très honoré Oncle !

L’Academie Imperiale Vous prie, mon très-chèr Oncle, de dresser un petit Article pour les Journeaux et Gazettes litteraires, par laquelle le public soit averti des differens ouvrages, qui dans peu de tems vont paroitre sans l’Approbation de l’Academie : je joins ici pour cet effet un billet qui contient tous les materiaux necessaires pour cet article, que Vous pourriez ensuite arranger tout comme il Vous plaira. On va acheter une lettre de change pour payer Votre pension jusqu’au 1mer Juillet, que Vous recevrez Monsieur et très honoré Oncle ! si non avec cette lettre, au plûs tard l’ordinaire prochain. Comme les 20 gros que l’Academie Vous doit outre la pension, fait une tro[p] petite somme, elle attendra jusqu’à ce que la dette soit devenûe plus considerable. En attendant Vous lui ferez credit. Le grand Voyage de S.M. I. dont nous celebrons aujourd’hui l’avenement au trone, a fourni a l’Academie l’occasion de publier encore avant le depart de S.M.I. un petit Atlas geographique de la Wolga avec une description detaillée de tou[s] les environs, villes, villages, etc leurs distances entr’elles, la route de Poste etc, si ce petit ouvrage n’étoit pas ecrit en langue russe, j’en aurois envoyé quelques centaines d’exemplaires en Allemagne. L’Academie a encore publié une Table complette de distances des principaux endroits du vaste empire de russie en trois langues avec une table de longitud[es] et latitudes des dits endroits dont le nombre surpasse 60. Nos astronomes sont aussi occupé à dresser les 18 jeunes Officiers de Marine, qui doivent être employés à l’Observation du passage de Venus par le disque du soleil : mais ceci merite seul un article pour les Gazettes litteraires que je ne manquerai pas d’envoyer à son tems. En attendant Vous aurez la bonté, mon très chèr Oncle, de l’indiquer seulement en mots. Mon père est aprésent tout à fait retabli, et est dejà [en]tré en fonctions ; mon beau-père Vous en fera un recit detail[lé]. Vous apprendrez de lui que mon père a essuïé deux rechûte de plus cruelles, mais qui en quelque manière sembloient avoir été necessaires po[ur] Avan[cer]

[a]vancer la parfaite guerison. [Quant a] la vue de mon père, elle [est] toujours la même, et il-y-a peu d’esperance qu’il la recouvre entierement. Enfin je suis venû à bout d’ébaucher sous les yeux de mon père un Reglement de l’Academie des Sciences, c’est presque un code entier ; il ne s’agit aprésent que S.M.I. le lise, en approuve quelques articles, donne sa volonté sur d’autres, et decide sur celles que mon père a laissés en doute. Un certain Officier nommé Fauche s’est établie en Liefflande ; il dit avoir été au service du Roi de Prusse et prétend être Votre beau-frère : on vient donc de me charger Monsieur et très honoré oncle ! de m’informer chez Vous si par hazard Vous en aviez quelque connoissance ; et en ce cas quel a été la conduite de ce nommé Fauche. Vos cinq lettres du 28 Avril, 12 May, 23 May, 25 May et 1 Juin me sont toutes parvenues et je les ai lû toujours avec ces sentimens de plaisir dont personne ne peut avoir une juste idée, que celui qui ait comme moi l‘inestimable avantage de Vous connoitre et de posseder Votre precieuse amitié. Je suis extremement mortifié de n’être pas en étât de Vous rendre toujours la pareille en Vous ecrivant aussi souvant que Vous avez la bonté très chèr Oncle, de le faire à mon égard : je ne veux ni ne puis dire que je sois plus occupé que Vous, mais je ne possède pas cette facilité d’écrire et de mettre à profit tous les momens qui me restent. Vous me parlez des tracasseries de l’Acad. de Berlin ; la cause est evidamment, qu’il-y-a trop de savans qui se mêlent de la direction des affaires : selon mon avis il n’en devroit être qu’un seul : trop de têtes, trop de sentimens differens ; on dit en allemand viele Köche verderben den brey et la verité de ce proverbe se confirme de jour en jour : je pourrois ajouter bien des choses à cette occasion, mais cela me meneroit trop loin. le comte Orlow et mon père seul auroit réglé toute l’academie en moins de trois mois, mais les aides qu’on leur a donné ont si bien aidé, qu’un an tout entier se soit ecoulé sans qu’on ait pû avancer d’un seul pas. C’est par cette raison que mon père va trancher court ; ayant maintenant une connoissance parfaite de tous les departemens de l’Academie, il vient d’en dresser des reglemens, et il ne les presentera qu’à S.M.I. et au comte Orlow. Quelle fin a pris l’affaire de Böhmer ? Il est vrai que (mais entre nous) Bernouilli ait envie de s’engager ici, son père et son oncle le souhaitent [ég]alement ; mais il-n’y a aucune place vacance qui pourroit lui convenir ; étant dejà [M]embre de l’Acad. de Berlin, on ne lui sauroit donner moins que 800 à 1000 Roubles. Dans ce moment je viens de recevoir Votre derniere lettre, que je viens de lire deux fois de suite, comme toutes Vos autres lettres, la première fois à mon père et la seconde à ma [fe]mme ou recriproquement. Je ne sais ce qui auroit pû donner occasion à Mr Sultze de dire [ou] seulement de soupçonner que S.M.I. m’enverroit en France ? je souhaiterai qu’il eut [di]t vrai, et je ne manquerai surement pas de passer par Berlin et de Vous y ammener ma [fem]me et mes enfans, qui y pourroient rester jusqu’à mon retour : ce sont des chateaux [en esp]agne ? Je Vous felicite, mon très honoré Oncle, que Vous avez si heureusement Echappé [echa]ppé aux griffes des voleurs. […]dans une de vos lettres que Vous avez eu l’amitié, Monsieur et très_chèr Oncle, de Vous offrir pour Curateur de ses enfans au cas qu’il [i] mourût ; ma femme aussi bien que moi en sont penetré de la plus vive reconnoissance ; ah ! si mes beaux frères et belles sœurs avoient le malheur de perdre leur vieux père, qu’ils seroient à plaindre si des ames aussi chretiennes que la Vôtre ne voudroient pas s’interesser pour eux : Votre offerte a été un baume pour mon beau père et elle est une très grande consolation pour nous : recevez en ici nos sinceres remercimens : je Vous remercie aussi, mon très-honoré Oncle, des beaux présens que Vous m’avez destiné et que je dois recevoir par Mr Pallas. Comme mon frère est obligé de déloger de chez nous pour s’approcher du Palais imperial, Mr Pallas pourra louër ses appartements et avoir chez moi la table ; ce qui lui sera d’une grande commodité. Comme je vois souvant le Comte de Gollowin, dont le fils *ainé* vient de faire Votre connoissance, le cadèt étant chèz moi en pension, j’ai autant de fois eu occasion de parler de Vous, mon très chèr Oncle ; il m’a demandé après toutes ses vieilles connoissances de Berlin ; il m’a aussi parlé de son dessein d’envoyer ses fils l’un après l’autre à Berlin et demandé s’il oseroit bien Vous chargér de conduire les études de ces jeunes Comtes, en leur procurant de habiles maitres, et une bonne maison, où ils pouvoient avoir logement et table ; je lui ai repondû que je Vous ecrirai sur ce sujet, et que Vous ne lui refuserez surement pas des bons conseils. Le Comte de Lestocq est mort le 12 de ce mois, et enterré le 17. On dit qu’il doit avoir fait un Testament à l’avantage de sa veuve et que ses neveux en sont entierement exclûs. Je devrois aprésent continuer mon journal, mais j’apperçois que cette lettre est dejà trop grande, et surtout qu’il ne me reste guerres de tems pour remplir cette tache. Mon beau-père Vous fera le recit des choses plus rémarquables, et je tacherai d’y suppléer dans une de mes lettres suivante : je souhaite de tout mon cœur que l’inoculation de la petite verole chez Vous ait un bon succès, et que Vous ayez un jour la satisfaction d’entendre précher Messieurs Vos fils ; ou que Vous les voyez de l’une ou l’autre façon établis. Mes enfans se portent à merveilles, commencent à lire et à écrire, je parle ici des deux ainés. Ma femme vous présente ses très humbles respects ; elle embrasse tendrement toute Votre aimable famille. Albertine rend la pareille au petit Lude et court comme lui dans toute la maison : Mon Père, ma mère et toute la famille vous font (et à tous) assurer de leurs respect, civilités, devouement etc : et j’ai l’honneur d’être avec un profond respect Votre très humble et très obeïssant Serviteur et NeveuJ. Albert Euler

P.S. j’avois finis cette lettre le 28 [...]aujourd’hui le 27 [au] matin vers 5 heures, ma sœur Della accoucha heureusement, et même très heureusement d’un beau garçon. On dit qu’il-y-a à Berlin un jeune étudiant en medecine, sujet de S.M.I. natif de Riga, et qui se nomme, Gultenstaedt, si je ne me trompe : c’est un disciple du Prof. Gleditsch. Voudriez Vous bien avoir la bonté, Monsieur et très honoré Oncle, de Vous informer chez Mr Gleditsch, si ce jeune botaniste est encore à Berlin ? en ce cas Mr Gleditsch lui pourra dire de ma part, que s’il avoit envie de s’engager à notre Academie des Sciences comme Adjoint, il-y auroit grande apparence qu’il seroit le très bien venû, il pourra d’abord retourner à Riga, pour y recevoir par le canal de son beau-frère les propositions que l’Academie a envie de lui faire, et qui selon toute apparence seront très acceptables – on l’engagera pour la botanique.

Cette page étoit destinée à ma femme pour la remplir, mais la sus-dite scène nocturne qu’elle vient d’avoir demande qu’elle se repose : il-y-a quelque tems qu’elle reçût une lettre de S.E.Mad. la Generale de Broun epouse du Gouverneur General de la Livonie et residente à Riga, où nous avons fait sa connoissance : cette Dame la prie instamment de lui procurer auprès les comtesses ses filles une demoiselle françoise ; voi-ci ses propres môts « Eine gute Conduite ist das vornehmste, so mich vorbehalte ; sonst wegen dem übrigen bin nicht mehr so sehr verlegen, indem meine beyde alteste Töchter meist erzogen sind ; noch habe eine kleine Tochter, die nun balde ein Jahr seyn wird ; nach dieser müsste sie auch sehen und sie gleich zü sich nehmen. Hand Arbeit würde mir sehr […] seyn, wann sie auch in diese geschickt wäre, um die Jügend damit amusiren zu können: die französische Sprache müsste sie wohl zu sprechen verstehen; gerne sähe auch, dass sie reformierter Religion wäre. Ihre Gage soll jährlich 150 EcusD’Albert seyn, die Reyse Kosten bezahle ich, und auf 3 Jahre müsste sie sich engagieren sonst kann sie vollkommen versichert seyn, dass es ihr an nichts abgehen sollte sondern sie es auf alle weise gut haben würde“. Quant à moi je puis hardiement assurer qu’une demoiselle dans cette maison est parfaitement bien; la précendente que nous avons vû, y a été 10 ans de suite et s’est rammassé un petit capital de 6000 ecûs : elle n’a eu besoin de rien, les 150 ecus d’Albert (qui valent 1 ecu et 12 gros de Brandenbourg) se sont toujours mis à côté ; elle a encore eu trois fois plus de présent etc Riga est d’ailleurs un endroit très agréable, de la bonnte compagnie si vous connoissez une telle demoiselle Monsieur et très-honoré Oncle ! vous me ferez le [...]pouvoir lui ecrire recto