Briefe und Texte
aus dem intellektuellen
Berlin um 1800

Brief von Adolf von Buch an Louis de Beausobre (Dresden, 21. Oktober 1763)

 

 

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      28
      Monsieur et très cher Ami,

      Vous ne pouvés pas Vous imaginer, quel plaisir me font Vos lettres; je reconnois toujours en
      Vous cet ami, qui sacrifie ses plaisirs à celui de ceux qu'il aime. Il n'y a que le mauvais êtat de
      Votre santé, qui me fait de la peine; ayés en soin, je Vous prie, et conservés moi un ami, que je reverrai
      avec tant de plaisir. C'est alors, que nous epancherons nos cœurs, et que nous pourrons nous dire mille
      choses, qu'il seroit trop long ou trop dangereux, de confier à une lettre. Je suis sensiblement touché
      du trouble, qui Vous agite, et je souhaiterois pouvoir y remedier au moins par des conseils, mais comme
      mon cœur n'a jamais êté dans le cas, où est le Votre, comme je ne sai pas au juste, jusqu'où il va, ils
      seroient deplacés.
      Si j'êtois à Berlin, Vous pourriés me confier Vos peines, et ce seroit un soulage-
      ment: Vous avés êté si souvent le gardien des miennes, que je puis parler par experience. Ce soula-
      gement seroit reciproque, car je ne suis gueres plus tranquile, que Vous, quoique par une autre
      raison. Il ne se passe presque point de jour, où je ne crois pas trouver raison, de me faire des reproches
      sur quelque point de ma conduite, quelquefois à tort, je l'avoue, quelquefois avec d'autant plus
      de fondement. Le defaut absolu de societés, occasionné par la mort du Roi de Pologne, ne contribue
      pas peu à nourrir mes reflexions tristes; quoiqu'il y ait toujours eu peu de sociétés ici, on avoit au
      moins autrefois la ressource, d'aller tous les soirs à la Cour et de s'y dissiper pendant 2 ou 3 heures. Le pro-
      fond deuil ote aussi cette ressource, et je me vois la plupart du tems vis-à-vis de Gregori, qui est un
      fort bon garçon, mais, qui, differe trop de moi dans sa façon de penser, pour qu'il me puisse tenir lieu
      d'ami. Il pretend, que j'ai absolument tort dans les reproches, que je me fais, et dans mes inquietudes;

      mais quelquefois il tache de m'en convaincre par des raisons si eloignées de mes principes, que cela
      ne sert, qu'à me fortifier dans mes idées. Au reste il est de la meilleure volonté du monde, et il m'est d'un
      trés grand service, aussi en use-je d'une façon avec lui, que je puis ma flater, qu'il est content de moi, aussi et il [...]
      paroit quelquefois serieusement affligé de la crainte, que les circonstances presentes le pourroient separer de
      moi. Excusés, si je Vous entretiens si longtems de moi, Vous y êtes accoutumé depuis si longtems, que je fais
      moins de façon avec Vous, qu'avec un autre, rendés moi la pareille, car entre amis tout doit être commun[...]
      les sujets de tristesse aussi bien, que ceux du plaisir. Que ne puis-je envisager dans un avenir moins eloig[...]
      le tems, où me livrant au seul commerce de mes amis, je sois ignoré et oublié de tout le reste du monde.
      Sourd à la voix de la nature, qui m'appelloit à un êtat bien different du mien, puis-je me plaindre d'[...]
      puni de ma desobeissance, mais mes années d'epreuve passeront, et alors je tacherai de reparer ma faute.
      Alors, retiré du tumulte du monde, j'oublierai dans Votre societé et celle du reste de mes amis les tristes
      moments, que j'endure. En attendant tachons de trouver une ressource dans une correspondance soutenue[...]
      quoique la mienne ne peut avoir le même interet pour moiVous, que la Votre pour moi. Depuis la mort du
      feu Roi
      , on n'a fait encore, que des arrangements admirables pour rétablir le pays, et s'il y a moyen, qu'[...]
      se releve jamais, c'est par la perseverance dans les maximes qu'on a adoptés. On rogne les depenses super-
      flues, on se defait des sang-sues du peuple, on se debarasse de la foule de gens inutiles, mais on commen-
      ce a payer plus regulierement ceux, qui rendent des services effectifs. Si Vous m'objectés, que c'est le
      commencement d'un nouveau Gouvernement, il n'y a, que le tems, qui puisse decider de la justesse de cette
      objection. L'approbation que 72 a donné à ma conduite, et dont Vous me parlés dans Votre derniere lettre
      m'a fait bien de plaisir, quoiqu'il y avoit peut-être plus de bonheur, que de merite dans mon fait; mais [...]
      premier entre toujours un peu en ligne de conte dans les actions des hommes, et ce sont peut-être fort souvent
      les differentes circonstances, qui ont fait donner le nom d'homme d'esprit à l'un et celui due sot à un autre.

      29
      Tachons, cher Ami, d'être toujours bons, justes et utiles aux autres, autant, que nous le pouvons, et regardons
      le reste plûtôt, comme un surcroit, que comme une partie necessaire de notre bonheur. Vous l'emportés infiniment
      sur le point de l'utilité, et si j'entre en concurrence avec Vous, ce n'est que par les efforts, que je fais, d'être bon et
      juste. Ne croyés pourtant pas, que je pousse l'indifference trop loin; je ne me soucie pas, que mes arriere-
      neveux parlent avec emphase de moi, ni qu'un historien donne la torture à son esprit, pour celebrer mes louan-
      ges, mais je me soucie encore moins d'être l'objet de leurs declamations medisantes; je ne veux l'entrée ni
      dans le temple de la renommée, ni dans celui de l'ignominie. Ignoré de la posterité et de mes contemporains,
      je ne souhaite vivre, que dans le coeur de mes amis. Bien de personnes ont peut être dit la même chose
      plus elegamment avant moi, peu l'ont pensé aussi sincerement. Puisque je suis sur le fait d'amitié
      je Vous prie, de saluer tous mes amis à Berlin, que fait l'ami Carnitz, est-il encore en Pomeranie? il m'a
      promis une lettre charmante des bords de la Mer Baltique, mais apparemment les flots l'ont englouti.
      Si Vous voyés le gros Wreeck, je Vous prie, de lui dire, que je n'ai pas oublié sa Commission, mais, que je
      n'ai pas pu deterrer encore son Einsiedel, et comme c'est une dette de jeu, que j'ai à lui demander de sa
      part, je il ne conviendroit pas, je crois, de faire des recherches trop empressées. Si ma lettre ne Vous donne
      pas tout l'amusement imaginable, Vous êtes pourtant obligé, de Vous y interesser, car elle m'a fait passer
      une soirée delicieuse, et comme mon Ami, Vous devés y prendre part. Voilà une façon neuve, de faire
      trouver une lettre bonne, mais les Votres me donnent tant de plaisir, que je voudrois faire valoir la mien
      ne d'un coté.

      Je suis faché, que la vente des livres de Savoi1 se fasse dans un tems, où je n'ai point d'ar-
      gent, pour en acheter. Si le catalogue de Neaulme ne coute pas au delà de 2. ecus, je Vous
      prie, de me l'envoyer. On m'a prié, de procurer la description de la pompe funebre de la Reine
      Sophie Charlotte, Epouse de Frederic I. avec les tailles douces; si elle n'est pas trop chere, ayés la bonté,
      de me l'envoyer d'abord, si elle est à un fort haut prix, de me le marquer premierement. Soyés aussi sain, aussi
      content et aussi heureux, que je le souhaite

      B.

      Kommentare

      1 Oder Sarri.

      Monsieur et très cher Ami,

      Vous ne pouvés pas Vous imaginer, quel plaisir me font Vos lettres; je reconnois toujours en Vous cet ami, qui sacrifie ses plaisirs à celui de ceux qu'il aime. Il n'y a que le mauvais êtat de Votre santé, qui me fait de la peine; ayés en soin, je Vous prie, et conservés moi un ami, que je reverrai avec tant de plaisir. C'est alors, que nous epancherons nos cœurs, et que nous pourrons nous dire mille choses, qu'il seroit trop long ou trop dangereux, de confier à une lettre. Je suis sensiblement touché du trouble, qui Vous agite, et je souhaiterois pouvoir y remedier au moins par des conseils, mais comme mon cœur n'a jamais êté dans le cas, où est le Votre, comme je ne sai pas au juste, jusqu'où il va, ils seroient deplacés. Si j'êtois à Berlin, Vous pourriés me confier Vos peines, et ce seroit un soulagement: Vous avés êté si souvent le gardien des miennes, que je puis parler par experience. Ce soulagement seroit reciproque, car je ne suis gueres plus tranquile, que Vous, quoique par une autre raison. Il ne se passe presque point de jour, où je ne crois pas trouver raison, de me faire des reproches sur quelque point de ma conduite, quelquefois à tort, je l'avoue, quelquefois avec d'autant plus de fondement. Le defaut absolu de societés, occasionné par la mort du Roi de Pologne, ne contribue pas peu à nourrir mes reflexions tristes; quoiqu'il y ait toujours eu peu de sociétés ici, on avoit au moins autrefois la ressource, d'aller tous les soirs à la Cour et de s'y dissiper pendant 2 ou 3 heures. Le profond deuil ote aussi cette ressource, et je me vois la plupart du tems vis-à-vis de Gregori, qui est un fort bon garçon, mais, qui, differe trop de moi dans sa façon de penser, pour qu'il me puisse tenir lieu d'ami. Il pretend, que j'ai absolument tort dans les reproches, que je me fais, et dans mes inquietudes;

      mais quelquefois il tache de m'en convaincre par des raisons si eloignées de mes principes, que cela ne sert, qu'à me fortifier dans mes idées. Au reste il est de la meilleure volonté du monde, et il m'est d'un trés grand service, aussi en use-je d'une façon avec lui, que je puis ma flater, qu'il est content de moi, et il [y] paroit quelquefois serieusement affligé de la crainte, que les circonstances presentes le pourroient separer de moi. Excusés, si je Vous entretiens si longtems de moi, Vous y êtes accoutumé depuis si longtems, que je fais moins de façon avec Vous, qu'avec un autre, rendés moi la pareille, car entre amis tout doit être commun[,] les sujets de tristesse aussi bien, que ceux du plaisir. Que ne puis-je envisager dans un avenir moins eloig[né] le tems, où me livrant au seul commerce de mes amis, je sois ignoré et oublié de tout le reste du monde. Sourd à la voix de la nature, qui m'appelloit à un êtat bien different du mien, puis-je me plaindre d'[être] puni de ma desobeissance, mais mes années d'epreuve passeront, et alors je tacherai de reparer ma faute. Alors, retiré du tumulte du monde, j'oublierai dans Votre societé et celle du reste de mes amis les tristes moments, que j'endure. En attendant tachons de trouver une ressource dans une correspondance soutenue[,] quoique la mienne ne peut avoir le même interet pour Vous, que la Votre pour moi. Depuis la mort du feu Roi, on n'a fait encore, que des arrangements admirables pour rétablir le pays, et s'il y a moyen, qu'[il] se releve jamais, c'est par la perseverance dans les maximes qu'on a adoptés. On rogne les depenses superflues, on se defait des sang-sues du peuple, on se debarasse de la foule de gens inutiles, mais on commence a payer plus regulierement ceux, qui rendent des services effectifs. Si Vous m'objectés, que c'est le commencement d'un nouveau Gouvernement, il n'y a, que le tems, qui puisse decider de la justesse de cette objection. L'approbation que 72 a donné à ma conduite, et dont Vous me parlés dans Votre derniere lettre m'a fait bien de plaisir, quoiqu'il y avoit peut-être plus de bonheur, que de merite dans mon fait; mais [le] premier entre toujours un peu en ligne de conte dans les actions des hommes, et ce sont peut-être fort souvent les differentes circonstances, qui ont fait donner le nom d'homme d'esprit à l'un et celui de sot à un autre.

      Tachons, cher Ami, d'être toujours bons, justes et utiles aux autres, autant, que nous le pouvons, et regardons le reste plûtôt, comme un surcroit, que comme une partie necessaire de notre bonheur. Vous l'emportés infiniment sur le point de l'utilité, et si j'entre en concurrence avec Vous, ce n'est que par les efforts, que je fais, d'être bon et juste. Ne croyés pourtant pas, que je pousse l'indifference trop loin; je ne me soucie pas, que mes arriere- neveux parlent avec emphase de moi, ni qu'un historien donne la torture à son esprit, pour celebrer mes louanges, mais je me soucie encore moins d'être l'objet de leurs declamations medisantes; je ne veux l'entrée ni dans le temple de la renommée, ni dans celui de l'ignominie. Ignoré de la posterité et de mes contemporains, je ne souhaite vivre, que dans le coeur de mes amis. Bien de personnes ont peut être dit la même chose plus elegamment avant moi, peu l'ont pensé aussi sincerement. Puisque je suis sur le fait d'amitié je Vous prie, de saluer tous mes amis à Berlin, que fait l'ami Carnitz, est-il encore en Pomeranie? il m'a promis une lettre charmante des bords de la Mer Baltique, mais apparemment les flots l'ont englouti. Si Vous voyés le gros Wreeck, je Vous prie, de lui dire, que je n'ai pas oublié sa Commission, mais, que je n'ai pas pu deterrer encore son Einsiedel, et comme c'est une dette de jeu, que j'ai à lui demander de sa part, il ne conviendroit pas, je crois, de faire des recherches trop empressées. Si ma lettre ne Vous donne pas tout l'amusement imaginable, Vous êtes pourtant obligé, de Vous y interesser, car elle m'a fait passer une soirée delicieuse, et comme mon Ami, Vous devés y prendre part. Voilà une façon neuve, de faire trouver une lettre bonne, mais les Votres me donnent tant de plaisir, que je voudrois faire valoir la mienne d'un coté.

      Je suis faché, que la vente des livres de Savoi1 se fasse dans un tems, où je n'ai point d'argent, pour en acheter. Si le catalogue de Neaulme ne coute pas au delà de 2. ecus, je Vous prie, de me l'envoyer. On m'a prié, de procurer la description de la pompe funebre de la Reine Sophie Charlotte, Epouse de Frederic I. avec les tailles douces; si elle n'est pas trop chere, ayés la bonté, de me l'envoyer d'abord, si elle est à un fort haut prix, de me le marquer premierement. Soyés aussi sain, aussi content et aussi heureux, que je le souhaite

      B.

      Kommentare

      1 Oder Sarri.