Lettres et textes:
Le Berlin intellectuel
des années 1800

Lettre d'Adolf von Buch à Louis de Beausobre (Dresde, le 30 novembre et le 2 décembre 1763)

 

 

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    Bibliothèque d'État de Berlin / Section des manuscrits
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    30
    Monsieur et très cher Ami,

    L'obligation, que je Vous ai de Vos lettres est d'autant plus grande, que Vous faîtes un œu
    vre tout-à-fait gratuit, parceque je ne puis pas Vous rendre ma correspondance aussi interessante,
    que la Votre l'est pour moi. Que pourrés Vous attendre de moi? des nouvelles politiques, nous en
    apprenons nous mêmes ce, qu'il y a de plus interessant par les lettres de Pologne, que Vous pouvés
    avoir plûtôt à Berlin, que nous; des nouvelles de la ville, comme Vous ne connoissés personne ici, Vous
    n'y prendriés pas beaucoup de part, et d'ailleurs ce sujet est assés sterile; de mes propres reflexions;
    si je pouvois supposer, que Vous n'en auriés pas êté fatigué en tout autre tems, j'aurois doublement
    sujet, de le craindre à present, que l'ennui et le degout de mon sejour a deprimé le peu de vivaci-
    té, qu'il pouvoit y avoir dans mon esprit. Peut-être, que la paresse, que je ne sens jamais plus vivement,
    que, quand j'ai le moins de dissipation, ne contribue pas peu, à me faire envisager les raisons de mon
    silence plus fortes, qu'elles ne le sont peut-être. Enfin quelqu'elles soyent mes deux ou trois dernieres
    lettres Vous doivent avoir convaincu, que ma correspondance n'est pas des plus agréables; je dirai plus
    sur ce sujet, si l'indulgence, que Vous êtes accoutumé d'avoir pour mes defauts, et la façon, dont Vous
    repondés à ce sujet ne me faisoit craindre, qu'à la fin Vous pourriés soupçonner, que je suis si porteré à a-
    vouer mes fautes, parceque cet aveu me procure des compliments de Votre part; c'est pourquoi je Vous parle-
    rai d'autre chose.

    Vous Vous souviendrés peut-être, qu'en allant ici, je contois parmi les agrements de mon poste l'idée, que
    j'avois, que la Saxe êtoit l'entrepôt de la litterature allemande, mais je me suis aperçu, que, si cette idée
    a quelque réalité, elle doit être restrainte à la seule ville de Leipsic. Car ici non seulement les librairies sont

    fort mal fournies, mais on vend aussi les livres à un très haut prix: avec cela les librairies n'ont pas [...]-
    sés de correspondance, pour faire avoir les livres, qu'ils n'ont pas dans leurs magasins. Ce n'est pas, qu'ils [...]
    promettent de le faire, mais il faut attendre très longtems et quelquefois en vain l'effet de leur promesse [...]
    Peu après mon arrivée ici j'avois commandé la continuation de l'histoire de France par Velly et de l'his [...]
    du bas-Empire
    par le Beau, je n'en ai pas de nouvelles encore. Il m'a fallu attendre deux mois l'histoire
    de la maison de Tudor
    par Hume,1 et quoique ce soit Arkstée et Merkus, Libraires de Leipsic, qui la debitent, [...]
    n'ai pas pu avoir l'edition in 4, que je souhaitois, parceque j'ai l'histoire de la maison de Stuart2 dans le [...]
    format, mais j'ai êté obligé, de me contenter d'une edition en 12. De même, je n'ai pu avoir, que la tradu[...]
    allemande des lettres de Milady Montagu. A propos de ces lettres je Vous informerai de quelques anecd[...]
    de cette Dame, que j'ai apprises de Milady Stormont3. Milady Montagu ne vîvoit pas trop bien [...]
    son mari, et êtoit même separée de lui volontairement depuis quelque tems: un beau jour elle revient [...]
    sa maison pour y accoucher d'un enfant, que la longueur de son absence ne permettoit pas au mari, de [...]-
    voir reconnoitre pour legitime. Celui-ci, qui êtoit d'un naturel fort doux, ne voulut pas faire d'eclat, [...]
    n'avoit pas envie non plus, de la garder chés lui aprés cette avanture; c'est pourquoi il lui conseilla [...]
    quitter l'Angleterre, sous pretexte de se servir des bains pour retablir sa santé. Elle suivit ce conseil [...]
    se rendit à Venise, où elle resta jusqu'à la mort de Milord. Ce ne fut qu'alors qu'elle retourna en
    Angleterre à l'age de 80 ans, emmenant avec elle un jeune Ecclésiastique catholique, pour avoir soin des [...]
    de quelques domestiques catholiques, qu'elle avoit. Vous sentés bien, qu'il y eut des personnes assés chari[...]-
    bles, pour soupconner, qu'elle lui confioit encore d'autres soins. Milady Stormont l'a vu de ce tems là[...]
    elle m'a dit, qu'elle êtoit d'une humeur insupportable, ne faisant, que gronder tout le monde. Elle est [...]
    il y a peu de tems et a laissé 9 Volumes de Manuscrits, parmi lesquels il y avoit un Traité sur le bonh[...]
    de l'amour conjugal: Milady Bute, sa fille a eu soin de retirer tous ces manuscrits des mains des librai[...]
    à grands fraix, parce qu'elle ne jugea pas, qu'ils contribueroient à l'honneur de sa mere, s'ils devenoient

    Commentaires

    1 Dans la traduction d'Octavie Bélot parue en 1763.

    2 Également de David Hume.

    3 Il s'agit très probablement de l'épouse de l'Ambassadeur d'Angleterre à Dresde.

    31
    publics; ce n'est, que malgré elle, que les lettres ont paru. Voilà une histoire, que la lecture des lettres
    n'auroit pas du faire soupçonner; ecrites d'un stile vif et plaisant, quelquefois satirique, elles paroissent
    marquer beaucoup de douceur d'esprit dans l'Auteur. Comme je ne connois pas la liaison des familles de l'An-
    gleterre
    , il se pourroit, qu'il entre un peu de l'esprit de parti dans cette narration; ce qu'il y a de sur, c'est que l'Eu-
    rope
    devra toujours beaucoup d'obligation à Milady Montagu, d'y avoir introduite la premiere l'inoculation
    de la petite verole. Pour revenir à mon sujet, aprés cette longue digression, je Vous dirai, que l'êtat des li-
    brairies d'ici s'accomode assés avec celui de mes finances, en me privant du desir d'acheter des livres.
    Il y en a cependant, que je Vous prie, de m'envoyer de Berlin; si par exemple l'impression de l'ecrit de
    Moise, qui a remporté le prix à l'Academie,4 est achevé, ou si l'on peut avoir un exemplaire de l'Educa-
    tion Nationale de Rousseau,5 je Vous prie, de me les envoyer aussi bien, qu'un exemplaire du livre allemand
    qui a paru depuis quelque tems à Berlin sous le titre: Die Staats-Verwaltung des Herrn William
    Pitt in und außerhalb Groß-Britannien
    , où l'administation de Guillaume Pitt p. Je Vous prie aussi
    de Vous informer ce que la belle Edition des Poesies diverses en 4to et l'edition en 4to des Memoires
    de Brandebourg
    6 coute en Ducats. Pour ce que Vous m'avés ecrit du nouveau livre du Marquis7, je
    lui pardonnerois volontiers d'avoir des doutes sur la Religion Chretienne, Vous savés, que je ne me pique
    pas d'une orthodoxie fort rigide; mais de vouloir etayer les absurdités du Paganisme contreauprejudice
    de la dite Religion, c'est une entreprise, dont je ne vois pas la possibilité et encore moins l'utilité.

    J'ai trouvé ici le livre allemand sur l'administration de Pitt, mais je Vous prie, de m'envoyer
    les Poesies diverses et les Memoires de Brandebourg, Editions in 4to, en me marquant le prix en
    Ducats, et d'avoir soin, qu'ils soient assés bien empaquetés, pourque la pluye ne perce pas.

    Je viens, de recevoir Votre lettre du 28. Vos reflexions sur mes affaires domestiques sont fort justes;
    mais malheureusement, meliora video, proboque, deteriora sequor.8 Cependant j'avois deja annoncé

    Commentaires

    4 Moses Mendelssohn avait remporté la première question mise au concours à l'Académie des Sciences de Berlin, en 1763. Son texte porte sur l'évidence dans les sciences métaphysiques.

    5 Il s'agit probablement d' Émile ou de l'éducation, qui était paru en 1762.

    6 Les deux ouvrages (les Poésies Diverses de 1762 et les Mémoires pour servir à la Maison de Brandebourg de 1751)sont de Frédéric II.

    7 Il s'agit du Marquis d'Argens et de sa traduction d'Ocellus Lucanus.

    8 Citation tirée d'Ovide, lesMétamorphoses, Chant VII, vs. 20-21: Je vois ce qu'il y a de meilleur et je l'approuve, mais je suis ce qu'il y a de moins bon.

    hier à mon maitre d'hotel, que je ne le garderois pas; et Votre lettre m'a confirmé dans une resolution, qui ne laissoit
    pas, de me faire de la peine. Pour ce, qui regarde mes comptes, je les revois bien moimême, mais comme je ne m'entends pas à la cui-
    sine, je ne sai, ni ce qu'il faut, ni ce que cela coute et c'est principalement dans ces comptes, que je ne puis eviter, d'être trompé. Les expedi-
    ents, que Vous me proposés, sont impratiquables, comme je pourrois Vous le prouver, si j'avois le plaisir de Vous parler, mais ce seroit trop
    long pour une lettre. J'accepte avec plaisir l'offre, que Vous me faites; de me faire avoir du vin de Bourgogne par Francheville
    et je Vous prie, de me procurer un feuillet de Romanay; je ne sai pas, combien de bouteilles un feuillet contient; s'il n'y a pas
    au delà de I00 Bouteilles, je Vous prierois; de me faire venir deux feuillets de Romanay et un feuillet d'une autre bonne sorte
    de vin de Bourgogne, et de me marquer, comment ils me seroient adressés; et où il faudroit payer l'argent. Pour le vin d[...]
    Rhin, je tenterai prendrai encore quelques tems pour y penser. Si Obedes ne veut pas faire partir le lustre commandé
    sans voir de l'argent, et que Vous pourriés le lui payer, Vous me feriés grand plaisir, j'aurai soin de Vous rembourser [...]
    que Vous m'aurés marqué, que cela est payé, aussi bien, que l'argent pour les livres; que Vous m'avés envoyés et pour que
    je Vous prie par cette lettre, de m'envoyer; je pourrois envoyer tout ensemble. Vous voyés; combien j'en use librement
    avec Vous, mais j'espere de Votre amitié, que Vous me le pardonnerés.

    Ne parlés pas, je Vous prie, de ce que je Vous ai écrit au sujet de mon maitre d'hotel, non pas, que je craigne,
    qu'on se moquera de moi, mais parceque je ne voulois pas faire tort à cet homme, s'il pouvoit trouver service
    ailleurs. Vous recevés aujourd'hui une bien longue lettre, mais qui cependant n'est gueres interessante. Il faut
    être bien sur de Votre indulgence, pour ne pas craindre, de Vous ennuyer. Vale.

    Monsieur et très cher Ami,

    L'obligation, que je Vous ai de Vos lettres est d'autant plus grande, que Vous faîtes un œu vre tout-à-fait gratuit, parceque je ne puis pas Vous rendre ma correspondance aussi interessante, que la Votre l'est pour moi. Que pourrés Vous attendre de moi? des nouvelles politiques, nous en apprenons nous mêmes ce, qu'il y a de plus interessant par les lettres de Pologne, que Vous pouvés avoir plûtôt à Berlin, que nous; des nouvelles de la ville, comme Vous ne connoissés personne ici, Vous n'y prendriés pas beaucoup de part, et d'ailleurs ce sujet est assés sterile; de mes propres reflexions; si je pouvois supposer, que Vous n'en auriés pas êté fatigué en tout autre tems, j'aurois doublement sujet, de le craindre à present, que l'ennui et le degout de mon sejour a deprimé le peu de vivacité, qu'il pouvoit y avoir dans mon esprit. Peut-être, que la paresse, que je ne sens jamais plus vivement, que, quand j'ai le moins de dissipation, ne contribue pas peu, à me faire envisager les raisons de mon silence plus fortes, qu'elles ne le sont peut-être. Enfin quelqu'elles soyent mes deux ou trois dernieres lettres Vous doivent avoir convaincu, que ma correspondance n'est pas des plus agréables; je dirai plus sur ce sujet, si l'indulgence, que Vous êtes accoutumé d'avoir pour mes defauts, et la façon, dont Vous repondés à ce sujet ne me faisoit craindre, qu'à la fin Vous pourriés soupçonner, que je suis si porté à avouer mes fautes, parceque cet aveu me procure des compliments de Votre part; c'est pourquoi je Vous parlerai d'autre chose.

    Vous Vous souviendrés peut-être, qu'en allant ici, je contois parmi les agrements de mon poste l'idée, que j'avois, que la Saxe êtoit l'entrepôt de la litterature allemande, mais je me suis aperçu, que, si cette idée a quelque réalité, elle doit être restrainte à la seule ville de Leipsic. Car ici non seulement les librairies sont

    fort mal fournies, mais on vend aussi les livres à un très haut prix: avec cela les librairies n'ont pas [as]sés de correspondance, pour faire avoir les livres, qu'ils n'ont pas dans leurs magasins. Ce n'est pas, qu'ils [ne] promettent de le faire, mais il faut attendre très longtems et quelquefois en vain l'effet de leur promesse [.] Peu après mon arrivée ici j'avois commandé la continuation de l'histoire de France par Velly et de l'his [toire] du bas-Empire par le Beau, je n'en ai pas de nouvelles encore. Il m'a fallu attendre deux mois l'histoire de la maison de Tudor par Hume,1 et quoique ce soit Arkstée et Merkus, Libraires de Leipsic, qui la debitent, [je] n'ai pas pu avoir l'edition in 4, que je souhaitois, parceque j'ai l'histoire de la maison de Stuart2 dans le [même] format, mais j'ai êté obligé, de me contenter d'une edition en 12. De même, je n'ai pu avoir, que la tradu[ction] allemande des lettres de Milady Montagu. A propos de ces lettres je Vous informerai de quelques anecd[otes] de cette Dame, que j'ai apprises de Milady Stormont3. Milady Montagu ne vîvoit pas trop bien [avec] son mari, et êtoit même separée de lui volontairement depuis quelque tems: un beau jour elle revient [dans] sa maison pour y accoucher d'un enfant, que la longueur de son absence ne permettoit pas au mari, de [pou]voir reconnoitre pour legitime. Celui-ci, qui êtoit d'un naturel fort doux, ne voulut pas faire d'eclat, [et] n'avoit pas envie non plus, de la garder chés lui aprés cette avanture; c'est pourquoi il lui conseilla [de] quitter l'Angleterre, sous pretexte de se servir des bains pour retablir sa santé. Elle suivit ce conseil [et] se rendit à Venise, où elle resta jusqu'à la mort de Milord. Ce ne fut qu'alors qu'elle retourna en Angleterre à l'age de 80 ans, emmenant avec elle un jeune Ecclésiastique catholique, pour avoir soin des [ames] de quelques domestiques catholiques, qu'elle avoit. Vous sentés bien, qu'il y eut des personnes assés chari[ta]bles, pour soupconner, qu'elle lui confioit encore d'autres soins. Milady Stormont l'a vu de ce tems là[, et] elle m'a dit, qu'elle êtoit d'une humeur insupportable, ne faisant, que gronder tout le monde. Elle est [morte] il y a peu de tems et a laissé 9 Volumes de Manuscrits, parmi lesquels il y avoit un Traité sur le bonh[heur] de l'amour conjugal: Milady Bute, sa fille a eu soin de retirer tous ces manuscrits des mains des librai[res] à grands fraix, parce qu'elle ne jugea pas, qu'ils contribueroient à l'honneur de sa mere, s'ils devenoient

    Commentaires

    1 Dans la traduction d'Octavie Bélot parue en 1763.

    2 Également de David Hume.

    3 Il s'agit très probablement de l'épouse de l'Ambassadeur d'Angleterre à Dresde.

    publics; ce n'est, que malgré elle, que les lettres ont paru. Voilà une histoire, que la lecture des lettres n'auroit pas du faire soupçonner; ecrites d'un stile vif et plaisant, quelquefois satirique, elles paroissent marquer beaucoup de douceur d'esprit dans l'Auteur. Comme je ne connois pas la liaison des familles de l'Angleterre, il se pourroit, qu'il entre un peu de l'esprit de parti dans cette narration; ce qu'il y a de sur, c'est que l'Europe devra toujours beaucoup d'obligation à Milady Montagu, d'y avoir introduite la premiere l'inoculation de la petite verole. Pour revenir à mon sujet, aprés cette longue digression, je Vous dirai, que l'êtat des librairies d'ici s'accomode assés avec celui de mes finances, en me privant du desir d'acheter des livres. Il y en a cependant, que je Vous prie, de m'envoyer de Berlin; si par exemple l'impression de l'ecrit de Moise, qui a remporté le prix à l'Academie,4 est achevé, ou si l'on peut avoir un exemplaire de l'Education Nationale de Rousseau,5 je Vous prie, de me les envoyer aussi bien, qu'un exemplaire du livre allemand qui a paru depuis quelque tems à Berlin sous le titre: Die Staats-Verwaltung des Herrn William Pitt in und außerhalb Groß-Britannien, où l'administation de Guillaume Pitt p. Je Vous prie aussi de Vous informer ce que la belle Edition des Poesies diverses en 4to et l'edition en 4to des Memoires de Brandebourg6 coute en Ducats. Pour ce que Vous m'avés ecrit du nouveau livre du Marquis7, je lui pardonnerois volontiers d'avoir des doutes sur la Religion Chretienne, Vous savés, que je ne me pique pas d'une orthodoxie fort rigide; mais de vouloir etayer les absurdités du Paganisme auprejudice de la dite Religion, c'est une entreprise, dont je ne vois pas la possibilité et encore moins l'utilité.

    J'ai trouvé ici le livre allemand sur l'administration de Pitt, mais je Vous prie, de m'envoyer les Poesies diverses et les Memoires de Brandebourg, Editions in 4to, en me marquant le prix en Ducats, et d'avoir soin, qu'ils soient assés bien empaquetés, pourque la pluye ne perce pas.

    Je viens, de recevoir Votre lettre du 28. Vos reflexions sur mes affaires domestiques sont fort justes; mais malheureusement, meliora video, proboque, deteriora sequor.8 Cependant j'avois deja annoncé

    Commentaires

    4 Moses Mendelssohn avait remporté la première question mise au concours à l'Académie des Sciences de Berlin, en 1763. Son texte porte sur l'évidence dans les sciences métaphysiques.

    5 Il s'agit probablement d' Émile ou de l'éducation, qui était paru en 1762.

    6 Les deux ouvrages (les Poésies Diverses de 1762 et les Mémoires pour servir à la Maison de Brandebourg de 1751)sont de Frédéric II.

    7 Il s'agit du Marquis d'Argens et de sa traduction d'Ocellus Lucanus.

    8 Citation tirée d'Ovide, lesMétamorphoses, Chant VII, vs. 20-21: Je vois ce qu'il y a de meilleur et je l'approuve, mais je suis ce qu'il y a de moins bon.

    hier à mon maitre d'hotel, que je ne le garderois pas; et Votre lettre m'a confirmé dans une resolution, qui ne laissoit pas, de me faire de la peine. Pour ce, qui regarde mes comptes, je les revois bien moimême, mais comme je ne m'entends pas à la cuisine, je ne sai, ni ce qu'il faut, ni ce que cela coute et c'est principalement dans ces comptes, que je ne puis eviter, d'être trompé. Les expedients, que Vous me proposés, sont impratiquables, comme je pourrois Vous le prouver, si j'avois le plaisir de Vous parler, mais ce seroit trop long pour une lettre. J'accepte avec plaisir l'offre, que Vous me faites; de me faire avoir du vin de Bourgogne par Francheville et je Vous prie, de me procurer un feuillet de Romanay; je ne sai pas, combien de bouteilles un feuillet contient; s'il n'y a pas au delà de I00 Bouteilles, je Vous prierois; de me faire venir deux feuillets de Romanay et un feuillet d'une autre bonne sorte de vin de Bourgogne, et de me marquer, comment ils me seroient adressés; et où il faudroit payer l'argent. Pour le vin d[u] Rhin, je prendrai encore quelques tems pour y penser. Si Obedes ne veut pas faire partir le lustre commandé sans voir de l'argent, et que Vous pourriés le lui payer, Vous me feriés grand plaisir, j'aurai soin de Vous rembourser [dés] que Vous m'aurés marqué, que cela est payé, aussi bien, que l'argent pour les livres; que Vous m'avés envoyés et pour que je Vous prie par cette lettre, de m'envoyer; je pourrois envoyer tout ensemble. Vous voyés; combien j'en use librement avec Vous, mais j'espere de Votre amitié, que Vous me le pardonnerés.

    Ne parlés pas, je Vous prie, de ce que je Vous ai écrit au sujet de mon maitre d'hotel, non pas, que je craigne, qu'on se moquera de moi, mais parceque je ne voulois pas faire tort à cet homme, s'il pouvoit trouver service ailleurs. Vous recevés aujourd'hui une bien longue lettre, mais qui cependant n'est gueres interessante. Il faut être bien sur de Votre indulgence, pour ne pas craindre, de Vous ennuyer. Vale.