Lettres et textes:
Le Berlin intellectuel
des années 1800

Lettre de Jean Albert Euler à Jean Henri Samuel Formey (Saint Pétersbourg, 14 mars 1768)

 

 

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38.
à St : Petersbourg ce 14/25 de Mars 1768.
Monsieur mon très-chèr et très-honoré oncle !

J’ai bien reçû Vos quatres lettres du 30 Janvier, 7 et 20
fevrier et en dernier lieu celle du 1 de Mars : mais jus-
qu’ici il n’a été impossible d’y repondre ; même aujourd’hui
serai-je obligé d’être très laconique et de ne m’étendre
que sur ce qui est le plus pressant. J’ai ensuite très bien
lû le nom de l’Epicier à la rüe de Spandau, qui doit être
arrivé ici, mais je n’ai encore rien pû apprendre de lui,
(Brouk) je crois qsurement qu’il n’est point venû jusqi’ici.
J’ai dejà ecrit deux fois au Pasteur La Vigne, j’ai aussi
reçû sa lettre, et à moins qu’il ne se soit pas en-
gagé autre-part, il sera surement le nôtre : j’attends sa
reponse pour lui envoïer ensuite une vocation en
forme avec de l’argent pour le voiage. Mon père a
reçû tout nouvellement une lettre du Prince Guillaume
de Brunswig
contenant une commission pour vendre une
belle collection des portraits des hommes célebres, et qui
sont à voir chez Pitra. Il repondra dans une huitaine.
Toutes les fois que j’ai pris la liberté de parler à mon Chef
de la lettre de l’Acad. de Berlin à S.M.I. et qui n’est
depuis longtems plus un secret, il rit et ne me repond
pas. J’ai toujours esperé à cette occasion de pouvoir
retourner à Berlin comme deputé Academicien de S.M.I.
je l’aurois surement accepté. Le Chambellan Comte de
Gollovin
a été très charme de Votre réponse lettre, il
doit Vous avoir repondû. Il voulût, il y a quelque tems,
engager un Mr. de Zollikofre auprès de son fils
comme Gouverneur. Aprésent il veut le retirer et
le faire faire ses études ici. Ensuite il doit voyager
Uniquement

uniquement pour voir du païs et les cours. Le Prince Dolgoroucki
ne pourra jamais avec raison Vous soupçonner d’avoir donné
des avis à S.E. le Chambellan à l’égard de son fils, mais il
pourra bien soupçonner Mr. de Sonntag, qui effectivement y
a grande part. Je Vous ai dejà mandé qu’il est parti
pour l’hongrie. Nous nous portons aprésant très bien,
Dieu merci, je me suis fait saigner hier, et aujourd’hui
je reste au logis pour écrire une douzaine des lettres
academiques. Le froid continue toujours, nous avons eu
un hyver très rude. S.M.I. à remis à notre Academie
tous ses écrits par rapport à sa nouvelle Legislation ; il y
a bien 60 à 70 feuilles toutes écrites de sa propre main,
et c’est un grand thrésor. Est-ce que Guldenstadt est
dejà parti ? je n’ai point reçû de ses lettres. J’ai prevûs
très-chèr Oncle, Votre réponse à l’égard de l’ouvrage du
Suedois, et j’ai été charmé d’avoir pû par là me de-
barrasser de lui. Le jeune Buddenbroeck deviendra
quelque jour très riche, si son père continue à prendre
àet à tuer des femmes qui lui laissent de bien sans
l’affliger. Les fidèles serviteurs du Roi de Prusse, qui ont
voulû s’engager ici, ont eu un refûs dans toutes les
formes. La Riviere a decampé, mais Berlot reste,
je ne sai pas ce que ce dernier intentionne : il vit très
largement, frequente la cour, a été appellé à Moscou,
présenté à S.M.I. et s’est loué un beau logement pour.
plusieures années. J’ai lû dans la Gazette de francheville
l’article que je Vous ai envoïé : il s’y est glissé quelques
fautes d’impression : Sowetzki-Monaster n’est qu’un seul
endroit ; Monaster signifie un Couvant. S.M.I. a
fait Capitaine le Lieutenant Istenief : et voilà encore
une article pour les Gazettes litteraires de la part
de

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de Mr. Rumovsky. Ma femme Vous présente ses
respects, Monsieur et très honoré Oncle et vous prie
B. de donner Vous-même en main propre et que personne ne le voie. l’incluse à notre
chère Cousine Labaume. Si Vous dinez, très chèr Oncle
chez Dolgoroucki, Mitschel, Dorville, Jariges, Kamke,
les Marggraafes dec n’oubliez jamais de leur présenter
ldes respects de mon père. L’habillement russe aussi
bien que l’omission des epées est arbitraires, S.M.I.
ne préscrit rien, mais elle aime de vois ses courtisans
sans epées et ne refuse pas de les voir en habillement
russe. Je reviens enfin à mon journal. Mes occupa-
tions ordinaires ont été depuis quelque tems, passer
toutes les matinées à la Commission de l’Academie,
diner trois fois par semaine chez mon chef, être de
la conference secrète, qui s’y tient les après diner pour
le nouveau reglement, qui paroitra enfin dans deux
ou trois mois. Les dimanches à l’eglise et à
la cour ; Les mecredis et Venderdis à la Societé
oeconomique
depuis 3 jusqu’à 8 heures du soir ; et
les jeudis au Consistoire. Le 27 Fevrier le Comte
Iwan Tschernischef
lût Votre ecrit ecrit pour la
Societé oeconomique, et il fut applaudi de toute
l’assemble : le Comte après la lecture, s’approche de
moi et me demanda si je connoissois l’ecriture du
Professeur Formey et si la piece qu’il vient de lire
n’etoit pas de lui : je repondis sur cela, qu’en effet
cette piece paroissoit être de sa main ; oh me dit-il
le Prof. Formey n’ecrira pas pour un autre, c’est sa
main, c’est son ouvrage ; il le lira à S.M.I.

Le 28- notre meilleur chien gardien fût mangé
des

des loups, qui à cause du grand frois rodent par toute
la ville en grand nombre et attaquent pendant les
nuits tout ce qu’ils rencontrent. Ce n’est qu’ici que
j’ai pris connoissance du Choix des Memoires de l’Ac :
de Berlin
imprimé par Haude et Spener l’année
1761. Ne pourriez Vous pas me donner avis, très
honoré Oncle, qui est l’Auteur de cette Edition ?
Le 1er Mars je rendis mes devoirs au Hetmann
Rusoumovski
qui est encore toujours mon President,
quoiqu’il ne vienne jamais à l’Academie : de même je
fûs chèz le Senateur Adadarov. Le Secretaire du
Deputé des Dissidens Baron de Goltz, et un jeune
Candidat deservent actuellement nôtre église
le 2 Mars nous dinames tous chez mon Père. Le 3
je fûs chez S.E. le Comte de Gollovin. Le 6 j’eus
à diner grande compagnie. le 7 je rendis encore
plusieures visites. le 8 de même ; le 9 je dinai chez
un Conseiller d’Etat Foussadier, et j’en plusieures
visites. Le Comte d’Orlov me dit que S.M.I. me
vouloit beaucoup de bien, et que je lui plaisois beau-
coup. On grave le Portrait de mon Père. Le Comte
de Panin
se marie avec une Comtesse qui a 20000
païsans et 200000 de Ducats en Bijoux : je lui
rendis mes visit respects, de même qu’au grand
Duc
; qui est arrivé le 18 fevrier. En voici
assés, milles respects, civilités, amitiés à Mad.
Votre Epouse
, toute Votre famille et toutes
nos connoissances. je suis très parfaitement


Monsieur et très honoré Oncle

Votre très-humble et très obeïssant
Serviteur et Neveu

J. Albert Euler
à St : Petersbourg ce 14/25 de Mars 1768. Monsieur mon très-chèr et très-honoré oncle !

J’ai bien reçû Vos quatres lettres du 30 Janvier, 7 et 20 fevrier et en dernier lieu celle du 1 de Mars : mais jusqu’ici il n’a été impossible d’y repondre ; même aujourd’hui serai-je obligé d’être très laconique et de ne m’étendre que sur ce qui est le plus pressant. J’ai ensuite très bien lû le nom de l’Epicier à la rüe de Spandau, qui doit être arrivé ici, mais je n’ai encore rien pû apprendre de lui, (Brouk) je crois surement qu’il n’est point venû jusqi’ici. J’ai dejà ecrit deux fois au Pasteur La Vigne, j’ai aussi reçû sa lettre, et à moins qu’il ne se soit pas engagé autre-part, il sera surement le nôtre : j’attends sa reponse pour lui envoïer ensuite une vocation en forme avec de l’argent pour le voiage. Mon père a reçû tout nouvellement une lettre du Prince Guillaume de Brunswig contenant une commission pour vendre une belle collection des portraits des hommes célebres, et qui sont à voir chez Pitra. Il repondra dans une huitaine. Toutes les fois que j’ai pris la liberté de parler à mon Chef de la lettre de l’Acad. de Berlin à S.M.I. et qui n’est depuis longtems plus un secret, il rit et ne me repond pas. J’ai toujours esperé à cette occasion de pouvoir retourner à Berlin comme deputé Academicien de S.M.I. je l’aurois surement accepté. Le Chambellan Comte de Gollovin a été très charme de Votre lettre, il doit Vous avoir repondû. Il voulût, il y a quelque tems, engager un Mr. de Zollikofre auprès de son fils comme Gouverneur. Aprésent il veut le retirer et le faire faire ses études ici. Ensuite il doit voyager Uniquement

uniquement pour voir du païs et les cours. Le Prince Dolgoroucki ne pourra jamais avec raison Vous soupçonner d’avoir donné des avis à S.E. le Chambellan à l’égard de son fils, mais il pourra bien soupçonner Mr. de Sonntag, qui effectivement y a grande part. Je Vous ai dejà mandé qu’il est parti pour l’hongrie. Nous nous portons aprésant très bien, Dieu merci, je me suis fait saigner hier, et aujourd’hui je reste au logis pour écrire une douzaine des lettres academiques. Le froid continue toujours, nous avons eu un hyver très rude. S.M.I. à remis à notre Academie tous ses écrits par rapport à sa nouvelle Legislation ; il y a bien 60 à 70 feuilles toutes écrites de sa propre main, et c’est un grand thrésor. Est-ce que Guldenstadt est dejà parti ? je n’ai point reçû de ses lettres. J’ai prevûs très-chèr Oncle, Votre réponse à l’égard de l’ouvrage du Suedois, et j’ai été charmé d’avoir pû par là me debarrasser de lui. Le jeune Buddenbroeck deviendra quelque jour très riche, si son père continue à prendre et à tuer des femmes qui lui laissent de bien sans l’affliger. Les fidèles serviteurs du Roi de Prusse, qui ont voulû s’engager ici, ont eu un refûs dans toutes les formes. La Riviere a decampé, mais Berlot reste, je ne sai pas ce que ce dernier intentionne : il vit très largement, frequente la cour, a été appellé à Moscou, présenté à S.M.I. et s’est loué un beau logement pour. plusieures années. J’ai lû dans la Gazette de francheville l’article que je Vous ai envoïé : il s’y est glissé quelques fautes d’impression : Sowetzki-Monaster n’est qu’un seul endroit ; Monaster signifie un Couvant. S.M.I. a fait Capitaine le Lieutenant Istenief : et voilà encore une article pour les Gazettes litteraires de la part de

de Mr. Rumovsky. Ma femme Vous présente ses respects, Monsieur et très honoré Oncle et vous prie B. de donner Vous-même en main propre et que personne ne le voie. l’incluse à notre chère Cousine Labaume. Si Vous dinez, très chèr Oncle chez Dolgoroucki, Mitschel, Dorville, Jariges, Kamke, les Marggraafes dec n’oubliez jamais de leur présenter des respects de mon père. L’habillement russe aussi bien que l’omission des epées est arbitraires, S.M.I. ne préscrit rien, mais elle aime de vois ses courtisans sans epées et ne refuse pas de les voir en habillement russe. Je reviens enfin à mon journal. Mes occupations ordinaires ont été depuis quelque tems, passer toutes les matinées à la Commission de l’Academie, diner trois fois par semaine chez mon chef, être de la conference secrète, qui s’y tient les après diner pour le nouveau reglement, qui paroitra enfin dans deux ou trois mois. Les dimanches à l’eglise et à la cour ; Les mecredis et Venderdis à la Societé oeconomique depuis 3 jusqu’à 8 heures du soir ; et les jeudis au Consistoire. Le 27 Fevrier le Comte Iwan Tschernischef lût Votre ecrit pour la Societé oeconomique, et il fut applaudi de toute l’assemble : le Comte après la lecture, s’approche de moi et me demanda si je connoissois l’ecriture du Professeur Formey et si la piece qu’il vient de lire n’etoit pas de lui : je repondis sur cela, qu’en effet cette piece paroissoit être de sa main ; oh me dit-il le Prof. Formey n’ecrira pas pour un autre, c’est sa main, c’est son ouvrage ; il le lira à S.M.I.

Le 28- notre meilleur chien gardien fût mangé des

des loups, qui à cause du grand frois rodent par toute la ville en grand nombre et attaquent pendant les nuits tout ce qu’ils rencontrent. Ce n’est qu’ici que j’ai pris connoissance du Choix des Memoires de l’Ac : de Berlin imprimé par Haude et Spener l’année 1761. Ne pourriez Vous pas me donner avis, très honoré Oncle, qui est l’Auteur de cette Edition ? Le 1er Mars je rendis mes devoirs au Hetmann Rusoumovski qui est encore toujours mon President, quoiqu’il ne vienne jamais à l’Academie : de même je fûs chèz le Senateur Adadarov. Le Secretaire du Deputé des Dissidens Baron de Goltz, et un jeune Candidat deservent actuellement nôtre église le 2 Mars nous dinames tous chez mon Père. Le 3 je fûs chez S.E. le Comte de Gollovin. Le 6 j’eus à diner grande compagnie. le 7 je rendis encore plusieures visites. le 8 de même ; le 9 je dinai chez un Conseiller d’Etat Foussadier, et j’en plusieures visites. Le Comte d’Orlov me dit que S.M.I. me vouloit beaucoup de bien, et que je lui plaisois beaucoup. On grave le Portrait de mon Père. Le Comte de Panin se marie avec une Comtesse qui a 20000 païsans et 200000 de Ducats en Bijoux : je lui rendis mes respects, de même qu’au grand Duc ; qui est arrivé le 18 fevrier. En voici assés, milles respects, civilités, amitiés à Mad. Votre Epouse, toute Votre famille et toutes nos connoissances. je suis très parfaitement

Monsieur et très honoré Oncle Votre très-humble et très obeïssant Serviteur et Neveu J. Albert Euler