Lettres et textes:
Le Berlin intellectuel
des années 1800

Lettre de Jean Albert Euler à Jean Henri Samuel Formey (Saint Pétersbourg, 25 Decembre 1766)

 

 

Scan Version dipl. Version de lecture Métadonnées Entités XML Scan Version dipl. Version de lecture Métadonnées Entités XML
 
 

Bibliothèque d'État de Berlin / Section des manuscrits
Réutilisation uniquement sur autorisation de la Bibliothèque d'État de Berlin

7
A St Petersburg ce 25 Decembre/5 Janvier 1766 St. v.
Monsieur mon très chèr et très honoré Oncle!

Je suis tout confus, mon très honoré Oncle ! qu’à ce renouvellement d’année
Vous me soyez prevenû, et très sensible à toutes les marques de bienveuillance
et d’amitié, dont Vous ne cessez de me combler dans toutes les occasions,
je voudrois y pouvoir repondre. Mais helas ! mon cœur est trop rempli de
Vos bontés ne sauroit s’expliquer, c’est un tissû de sentimens de respect
et de reconnoissance, dans lequel je me perd : je me contente de Vous
souhaiter, Monsieur et très honoré Oncle ! une bonne et heureuse
année, Dieu veuille Vous en accorder encore une longue suite remplie
de toutes sortes de prosperités. Mr de Stählin Vous aura marqué, que
Votre lettre vient d’être très gracieusement recûe de S.M.I. je ne m’en suis
pas douté. L’Academie Imperiale Vous enverra Monsieur et très cher Oncle,
vers le commencement de la nouvelle année une Assignation de mon
père
payable au Comptoir de Splittgerber et Daum. S.E. le Comte de
Munnic
m’a déjà depuis longtems payé les 2 Ecûs et demi que Vous
avez deboursé pour l’Abrégé de l’histoire eclesiastique, et j’avois d’abord
prié mon beau père de Vous les rendre à mon compte ; je croiois
aussi Vous en avoir donné avis, mais je vois que je me suis trompé ; je
vous prie donc Monsieur et très ho[...] Oncle ! de demander cette Somme
à mon beau Père ou à Mr de la Baum[...] puisque cet article ne regarde
pas l’Academie. On a déjà voulû abolir le vieux stile dans l’empire
de Russie mais des raisons politiques et les grandes difficultés qui s’opposent
à un tel changement l’ont toujours empêché ; La Russie d’ailleurs s’embarasse
très peu de ce qui pourra arriver dans 20 000 années, si l’on garde
le vieux stile. N’ayant pas encore eu froid ici, je continue à me
bien accommoder du Climât de ce païs. Il est vrai le froid vâ pour

l’ordinaire

l’ordinaire de 15 à 20 degrés au dessous du terme de la congelation,
mais il-y-a des moyens de s’en garantir, desorte qu’on a ici moins froid
qu’à Berlin : j’ai recû toutes Vos lettres, Monsieur et très honoré Oncle !
et encore aujourd’hui je viens de recevoir par Mr de Stählin celle
du 22 Décembre, que j’ai lû comme toutes les précedentes avec un
plaisir infini : je n’ai pas besoin de Vous assurer que nous prennons
une veritable part à tout ce qui Vous arrive, même jusqu’aux moindres
choses. Vous aurez déjà appris de mon beau père tout ce qui nous est
arrivé ici depuis le 21 Novembre, auquel jour je Vous avois ecrit la
dernière fois : le 22 Novembre je fûs coupé de ma femme et obligé
de passer une nuit de l’autre coté de la rivière : c’etoit le jour de
mon introduction dans la societé oeconomique. Le 26 nous soupâmes
tous chez le Conseiller de Cour Lehmann, qui Vous fait faire mille
complimens ; le 28 j’arrangais la Bibliotheque de mon père ; le 30 il y avoit
grande compagnie chez nous. Le 6 Decembre nous dinâmes tous chez
le Professeur Fischer à l’occasion des Fiançailles de sa fille. Le 10
je dinai chez le Feld marechal Munnic. Le 11 je lisais un mémoire de
[en marge: mon Père] à l’Academie. Le 12 je fûs chargé d’examiner l’Université, Le 13
je tins mon discours d’entrée à la société oeconomique, qui vouloit sur
les avantages d’un païs où les païsans ont une entière liberté, et qui, à ce
que le Comte d’Orloff m’assure, e[...]outé de S.M.I. Le 14 et 15 on examina
le Gymnase. Le 16 je di[...] le Comte d’Orloff avec toute la
Commission. Le 17 nous di[...]s tous chez le Prof. Braun. Le 20 etoit l’assemblée
de la Societe oeconomique. Le 23 nous dinames chez notre chef. Hier nous
distribuâmes les petits présens à nos enfans et enfin aujourd’hui
je fûs à la Cour. Mes respects à Madame Votre Epouse et
mille Complimens à toute Votre aimable et digne famille ; mon père et
toute ma famille en fonait autant.

je suis avec un profond respect
Monsieur mon très chèr et très honoré Oncle
Votre très humble et très obeïssant
Serviteur
>J. Albert Euler.

On est a présent très charmé de ce que Mr Lambert ne vient pas ici.

A St Petersburg ce 25 Decembre/5 Janvier 1766 St. v. Monsieur mon très chèr et très honoré Oncle!

Je suis tout confus, mon très honoré Oncle ! qu’à ce renouvellement d’année Vous me soyez prevenû, et très sensible à toutes les marques de bienveuillance et d’amitié, dont Vous ne cessez de me combler dans toutes les occasions, je voudrois y pouvoir repondre. Mais helas ! mon cœur trop rempli de Vos bontés ne sauroit s’expliquer, c’est un tissû de sentimens de respect et de reconnoissance, dans lequel je me perd : je me contente de Vous souhaiter, Monsieur et très honoré Oncle ! une bonne et heureuse année, Dieu veuille Vous en accorder encore une longue suite remplie de toutes sortes de prosperités. Mr de Stählin Vous aura marqué, que Votre lettre vient d’être très gracieusement recûe de S.M.I. je ne m’en suis pas douté. L’Academie Imperiale Vous enverra Monsieur et très cher Oncle, vers le commencement de la nouvelle année une Assignation de mon père payable au Comptoir de Splittgerber et Daum. S.E. le Comte de Munnic m’a déjà depuis longtems payé les 2 Ecûs et demi que Vous avez deboursé pour l’Abrégé de l’histoire eclesiastique, et j’avois d’abord prié mon beau père de Vous les rendre à mon compte ; je croiois aussi Vous en avoir donné avis, mais je vois que je me suis trompé ; je vous prie donc Monsieur et très ho[noré] Oncle ! de demander cette Somme à mon beau Père ou à Mr de la Baum[[…]] puisque cet article ne regarde pas l’Academie. On a déjà voulû abolir le vieux stile dans l’empire de Russie mais des raisons politiques et les grandes difficultés qui s’opposent à un tel changement l’ont toujours empêché ; La Russie d’ailleurs s’embarasse très peu de ce qui pourra arriver dans 20 000 années, si l’on garde le vieux stile. N’ayant pas encore eu froid , je continue à me bien accommoder du Climât de ce païs. Il est vrai le froid vâ pour

l’ordinaire

l’ordinaire de 15 à 20 degrés au dessous du terme de la congelation, mais il-y-a des moyens de s’en garantir, desorte qu’on a ici moins froid qu’à Berlin : j’ai recû toutes Vos lettres, Monsieur et très honoré Oncle ! et encore aujourd’hui je viens de recevoir par Mr de Stählin celle du 22 Décembre, que j’ai lû comme toutes les précedentes avec un plaisir infini : je n’ai pas besoin de Vous assurer que nous prennons une veritable part à tout ce qui Vous arrive, même jusqu’aux moindres choses. Vous aurez déjà appris de mon beau père tout ce qui nous est arrivé ici depuis le 21 Novembre, auquel jour je Vous avois ecrit la dernière fois : le 22 Novembre je fûs coupé de ma femme et obligé de passer une nuit de l’autre coté de la rivière : c’etoit le jour de mon introduction dans la societé oeconomique. Le 26 nous soupâmes tous chez le Conseiller de Cour Lehmann, qui Vous fait faire mille complimens ; le 28 j’arrangais la Bibliotheque de mon père ; le 30 il y avoit grande compagnie chez nous. Le 6 Decembre nous dinâmes tous chez le Professeur Fischer à l’occasion des Fiançailles de sa fille. Le 10 je dinai chez le Feld marechal Munnic. Le 11 je lisais un mémoire de mon Père à l’Academie. Le 12 je fûs chargé d’examiner l’Université, Le 13 je tins mon discours d’entrée à la société oeconomique, qui vouloit sur les avantages d’un païs où les païsans ont une entière liberté, et qui, à ce que le Comte d’Orloff m’assure, e[st g]outé de S.M.I. Le 14 et 15 on examina le Gymnase. Le 16 je di[nai chez] le Comte d’Orloff avec toute la Commission. Le 17 nous di[name]s tous chez le Prof. Braun. Le 20 etoit l’assemblée de la Societe oeconomique. Le 23 nous dinames chez notre chef. Hier nous distribuâmes les petits présens à nos enfans et enfin aujourd’hui je fûs à la Cour. Mes respects à Madame Votre Epouse et mille Complimens à toute Votre aimable et digne famille ; mon père et toute ma famille en fait autant.

je suis avec un profond respect Monsieur mon très chèr et très honoré Oncle Votre très humble et très obeïssant Serviteur >J. Albert Euler.

On est a présent très charmé de ce que Mr Lambert ne vient pas ici.