Lettres et textes:
Le Berlin intellectuel
des années 1800

Lettre de Jean Albert Euler à Jean Henri Samuel Formey (Saint Pétersbourg, 21 octobre 1767)

 

 

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à St : Petersbourg ce 12/23 Octobre 1767.
Monsieur mon très-chèzr et très-honoré Oncle !

Dieu veuille conserver Vos chèrs fils et Vous faire la grace qu’ils se
tirent heureusement d’affaire ! je suis bien inquièt à leur égard, et
je Vous conjure, très honoré Oncle, de ne vouloir pas tarder à me donner
de leurs nouvelles : J’ai reçû toutes Vos lettres et je les ai lue comme
de coutume, c’est-à-dire avec un plaisir infini ; mon père, à qui je les
lis aussi et qui n’en perd pas une syllabe me priem’ordonne de Vous présenter
ses devoirs et de Vous supplier de vouloir bien continuer de donner
de Vos nouvelles aussi souvant qu’il Vous sera possible. J’ai fait
baptiser le 13 du mois passé par le Pasteur Suedois, et j’ai fait
donner à ma petite les noms Anne Emilie Jeanne ; le Feld Mareshal
Comte Münnich
, Mad. La Conseillère d’Etât de Schumacher, Mad. Poggenpohl,
ma belle sœur la femme du medecin et ma belle sœur Hagmeister
de Berlin ont été le Parain et les maraines. L’Expedition des Almanacs
dont je me suis chargé, parce que mes collegues la regardent comme une
affaire impraticable m’empeché de Vous ecrire aujourd’hui une longue
lettre. Ce ne sera donc qu’en peu de môts que je ferai l’extrait de
mon journal, et j’omèttrai cette-fois-cy toutes les visites, sorties, repas, fêtes
publiques etc. j’etois resté au 9 du mois passé ; je continuai à frequenter
la vente des effèts du feu Pasteur Dilthey, où j’achetai mille bagatelles.
le 11. J’allai prier mes parain et maraines : le 12 j’eus la visite du
Feldmarechal Münnish et qui revint encore le lendemain : le 18 ma
femme
commença dejà à parcourir la maison et Dimanche prochain
s’il plait à Dieu elle fera sa premiere Sortie : le même jour entrèrent
chèz moi deux Cavalliers russes en pension, de tout aimables Seigneurs
de l’age de 19 et 14 ans et qui prennent chèz moi de Leçons de
Mathematiques et Physiques. J’attends avec impatience la réponse à l’egard
du Pasteur Neumeïer et Votre bon conseil pour nous procurer un
bon Pasteur. le 26 l’Acad. Imp. Reçût de S.M.I. un gros pacquet, qui, comme
nôtre chèf ecrit, est tout de la main propre de S.M. mais avec defense
de ne point l’ouvrir avant le retour du Comte Orlov.

le 1èr October ma femme recût la visite d’une Dame inconnûe, belle comme un ange,
aimable, en un môt la plus charmante femme, que la mienne dit avoir vûe, car je
ne m’y connois pas assés : enfin cette Dame apporta à ma femme une longue
lettre de Mad. Zary aprésant, Poel ; elle ne voulût pas se nommer ni le cavallie
qui étoit avec elle ; et ma femme n’en trouva aussi aucun indice dans la lettre de
Mad. Poel, désorte qu’elle ne sait ou elle en est. Cependant Mad. Poel nous la
recommande au mieux. Le 3 je lûs enfin une Dissertation à l’Academie. le
7m jour de naissance de ma chère Frinette qui est entré dans sa 7me année,
je me fis saigner par précaution. Le 8 je reçûs une lettre du Prof.
Lowitz
qui a accepté sa vocation avec beaucoup de plaisir. Et
je finis ici mon Journal. J’ai reçû Monsieur et très-honoré Oncle,
la pièce pour le prix proposé par la Société oeconomique, que Vous
m’avez adressé, et je l’ai d’abord donné à Mr. de Stehlin son Secretaire ;
Si Vous souhaitez un recipisse, je Vous en procurerai d’abord un
mais comme toutes sces pieces sont si bien et si religieusement gardées,
je ne crois pas qu’il le soit necessaire : je Vous en repondrai toujours.
Pour la mort fausse nouvelle de la mort de Mr. Bell, elle nous a tout fait
bien de plaisir, et est venûe encore à tems ; car nous nous étions proposés
d’en faire de la communiquer encore le même soir à ma belle sœur, lorsque Votre
seconde lettre arriva. Dans Votre lettre du 21 Septembre, Monsieur et
très-honoré Oncle, Vous me parlez d’un accident singulier d’Ignatius
Muller
et du Conseiller privé d’Holzendorff, mais Vous avez oubliez
de m’en faire part ; oserai-je bien Vous prier de le faire encore en
répondant à celle-cy ? Comment va l’affaire des Behmers ?

Ma femme Vous présente ses très-obeissants Respects, et nous prions tous
Madame Votre Epouse de vouloir bien agrées nos très humbles civilités.
Voilà Berlin en joye et en fêtes : nous [f] embrassons Mesdemoiselles
Vos filles et toute Vôtre aimable famille, enfin mille et mille Complimens
de toute ma famille ; et autant de nôtre part à Mll. Regal, Handreich,
degrave, etc etc Mr. Marggraaf, Mekel, Küster, etc etc

je suis avec un profond respect
Monsieur mon très-chèr et très-honoré Oncle
Votre
très-humble et très-obeïssant
Neveu et Serviteur

J. Albert Euler
à St : Petersbourg ce 12/23 Octobre 1767. Monsieur mon très-chèr et très-honoré Oncle !

Dieu veuille conserver Vos chèrs fils et Vous faire la grace qu’ils se tirent heureusement d’affaire ! je suis bien inquièt à leur égard, et je Vous conjure, très honoré Oncle, de ne vouloir pas tarder à me donner de leurs nouvelles : J’ai reçû toutes Vos lettres et je les ai lue comme de coutume, c’est-à-dire avec un plaisir infini ; mon père, à qui je les lis aussi et qui n’en perd pas une syllabe m’ordonne de Vous présenter ses devoirs et de Vous supplier de vouloir bien continuer de donner de Vos nouvelles aussi souvant qu’il Vous sera possible. J’ai fait baptiser le 13 du mois passé par le Pasteur Suedois, et j’ai fait donner à ma petite les noms Anne Emilie Jeanne ; le Feld Mareshal Comte Münnich, Mad. La Conseillère d’Etât de Schumacher, Mad. Poggenpohl, ma belle sœur la femme du medecin et ma belle sœur Hagmeister de Berlin ont été le Parain et les maraines. L’Expedition des Almanacs dont je me suis chargé, parce que mes collegues la regardent comme une affaire impraticable m’empeché de Vous ecrire aujourd’hui une longue lettre. Ce ne sera donc qu’en peu de môts que je ferai l’extrait de mon journal, et j’omèttrai cette-fois-cy toutes les visites, sorties, repas, fêtes publiques etc. j’etois resté au 9 du mois passé ; je continuai à frequenter la vente des effèts du feu Pasteur Dilthey, où j’achetai mille bagatelles. le 11. J’allai prier mes parain et maraines : le 12 j’eus la visite du Feldmarechal Münnish et qui revint encore le lendemain : le 18 ma femme commença dejà à parcourir la maison et Dimanche prochain s’il plait à Dieu elle fera sa premiere Sortie : le même jour entrèrent chèz moi deux Cavalliers russes en pension, de tout aimables Seigneurs de l’age de 19 et 14 ans et qui prennent chèz moi de Leçons de Mathematiques et Physiques. J’attends avec impatience la réponse à l’egard du Pasteur Neumeïer et Votre bon conseil pour nous procurer un bon Pasteur. le 26 l’Acad. Imp. Reçût de S.M.I. un gros pacquet, qui, comme nôtre chèf ecrit, est tout de la main propre de S.M. mais avec defense de ne point l’ouvrir avant le retour du Comte Orlov.

le 1èr October ma femme recût la visite d’une Dame inconnûe, belle comme un ange, aimable, en un môt la plus charmante femme, que la mienne dit avoir vûe, car je ne m’y connois pas assés : enfin cette Dame apporta à ma femme une longue lettre de Mad. Zary aprésant, Poel ; elle ne voulût pas se nommer ni le cavallie qui étoit avec elle ; et ma femme n’en trouva aussi aucun indice dans la lettre de Mad. Poel, désorte qu’elle ne sait ou elle en est. Cependant Mad. Poel nous la recommande au mieux. Le 3 je lûs une Dissertation à l’Academie. le 7m jour de naissance de ma chère Frinette qui est entré dans sa 7me année, je me fis saigner par précaution. Le 8 je reçûs une lettre du Prof. Lowitz qui a accepté sa vocation avec beaucoup de plaisir. Et je finis ici mon Journal. J’ai reçû Monsieur et très-honoré Oncle, la pièce pour le prix proposé par la Société oeconomique, que Vous m’avez adressé, et je l’ai d’abord donné à Mr. de Stehlin son Secretaire ; Si Vous souhaitez un recipisse, je Vous en procurerai d’abord un mais comme toutes ces pieces sont si bien et si religieusement gardées, je ne crois pas qu’il le soit necessaire : je Vous en repondrai toujours. Pour la fausse nouvelle de la mort de Mr. Bell, elle nous a tout fait bien de plaisir, et est venûe encore à tems ; car nous nous étions proposés de la communiquer encore le même soir à ma belle sœur, lorsque Votre seconde lettre arriva. Dans Votre lettre du 21 Septembre, Monsieur et très-honoré Oncle, Vous me parlez d’un accident singulier d’Ignatius Muller et du Conseiller privé d’Holzendorff, mais Vous avez oubliez de m’en faire part ; oserai-je bien Vous prier de le faire encore en répondant à celle-cy ? Comment va l’affaire des Behmers ?

Ma femme Vous présente ses très-obeissants Respects, et nous prions tous Madame Votre Epouse de vouloir bien agrées nos très humbles civilités. Voilà Berlin en joye et en fêtes : nous [f] embrassons Mesdemoiselles Vos filles et toute Vôtre aimable famille, enfin mille et mille Complimens de toute ma famille ; et autant de nôtre part à Mll. Regal, Handreich, degrave, etc etc Mr. Marggraaf, Mekel, Küster, etc etc

je suis avec un profond respect Monsieur mon très-chèr et très-honoré Oncle Votre très-humble et très-obeïssant Neveu et Serviteur J. Albert Euler